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Soudan du Sud: un jeune pays au bord du gouffre

Le représentant de l'ONU Toby Lanzer constate l'ampleur... (PHOTO AFP/ONU)

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Le représentant de l'ONU Toby Lanzer constate l'ampleur de la tuerie survenue la semaine dernière dans la ville pétrolière de Bentiu. Les rebelles auraient divisé les civils selon leur appartenance ethnique avant de les massacrer.

PHOTO AFP/ONU

Des civils séparés en fonction de leur origine ethnique et massacrés par centaines. Des messages radio incitant au viol et à la tuerie. Des cadavres empilés en pleine rue. Les atrocités ont atteint un nouveau sommet la semaine dernière au Soudan du Sud, au point où la Maison-Blanche a parlé mardi «d'abomination». Ce nouveau massacre rappelle qu'après des décennies de conflit pour son indépendance, le plus jeune État du monde est aujourd'hui au bord du gouffre. Voici cinq questions pour comprendre le conflit.

Q: Qui se bat au Soudan du Sud?

R: Le conflit actuel oppose les troupes du président du pays, Salva Kiir, à celles de son ancien vice-président, Riek Machar.

En juillet dernier, Kiir a accusé Machar de comploter un coup d'État et l'a éjecté de son poste. Machar a crié au prétexte et affirmé que le président cherchait à se débarrasser de ses rivaux.

Des factions de l'armée se sont ralliées à Riek Machar, tandis que d'autres sont restées fidèles au président Kiir. Les deux groupes, lourdement armés et soutenus par toutes sortes de milices et de combattants aux objectifs divers, ont déclenché les hostilités en décembre, plongeant le pays dans une guerre civile qui dure maintenant depuis quatre mois.

Q: Peut-on parler de conflit ethnique?

R: Le président Salva Kiir appartient à l'ethnie des Dinka, tandis que Riek Machar est un Nuer. Les combattants qui les soutiennent sont aussi largement divisés selon ces ethnies.

Selon Marie-Joëlle Zahar, directrice scientifique du Réseau de recherche sur les opérations de paix et membre du Groupe d'appui à la médiation des Nations unies, le conflit est d'abord attribuable à l'incapacité du gouvernement de diriger le pays en tenant compte de la diversité des groupes qui le composent.

«C'est à la base un problème de gouvernance, mais qui se décline selon les rivalités entre différentes ethnies», explique-t-elle.

La dimension ethnique du conflit est clairement ressortie lors des massacres de la semaine dernière à Bentiu, dans le nord du pays, attribués aux troupes de Riek Machar. Les observateurs racontent que les rebelles ont divisé les civils en fonction de leur appartenance ethnique avant de les massacrer. L'ONU déplore au moins 400 morts. Des messages haineux incitant au viol et au nettoyage ethnique ont été diffusés à la radio.

Q: Un tel massacre changera-t-il quelque chose?

R: Toby Lanzer, représentant spécial de l'ONU au Soudan du Sud, a parlé de «tournant» en évoquant le niveau de violence des derniers événements.

«Un tournant... mais encore? Sur le terrain, je n'ai pas l'impression que ça changera quoi que ce soit. Il faudrait que l'ONU se donne du muscle et obtienne la permission d'agir comme véritable force d'intervention, et j'ai peu d'espoir que cela survienne rapidement», indique Robert Rotberg, associé au Centre for International Governance Innovation (CIGI).

Environ 8000 Casques bleus se trouvent aujourd'hui au Soudan du Sud.

Q: Quelles sont les conséquences sur la population?

R: Le bilan exact est inconnu, mais le conflit a fait plusieurs milliers de morts - jusqu'à 10 000, selon certains observateurs. Plus de 1 million de Sud-Soudanais ont été chassés de leur maison, et certains ont dû trouver refuge dans les pays voisins.

L'ONU a récemment averti que la famine menace 1 million de personnes dans ce pays qui en compte 11,5 millions.

Q: Quelles sont les causes profondes du conflit?

R: Le Soudan du Sud, le plus jeune État de la planète, a vu le jour en juillet 2011 dans une région déjà déchirée par les tensions.

Avant la formation du Soudan du Sud, le Nord (musulman) et le Sud (chrétien et animiste) du Soudan se sont affrontés dans deux guerres civiles. Le sud s'est séparé, mais les vieilles tensions y ont été transportées.

M Kiir et M. Machar, par exemple, sont tous deux d'anciens chefs de la rébellion sudiste qui se sont battus contre le gouvernement de Khartoum, la capitale du Soudan. Mais dans les années 90, les troupes de Machar s'étaient ralliées momentanément à Khartoum et avaient massacré 2000 Dinka.

Au-delà du ressentiment historique, les groupes se battent aussi pour le contrôle des ressources pétrolières du Soudan du Sud, qui génèrent la presque totalité des recettes du pays.

UN LONG CONFLIT

1955-1972: Le Soudan est secoué par une première guerre civile, qui oppose le Nord musulman et le Sud chrétien.

1983-2005: La guerre civile reprend entre Khartoum, dans le Nord, et l'Armée populaire du Soudan, dans le Sud.

2011: Un référendum sur l'indépendance du Soudan du Sud reçoit un appui massif de la population. Avec le soutien des États-Unis, notamment, le pays est officiellement formé.

Juillet 2013: Le président Salva Kiir, un Dinka, congédie son vice-président Riek Machar, un Nuer.

Décembre 2013: Après avoir rallié une partie de l'armée, Riek Machar attaque les troupes du président Kiir, déclenchant la guerre civile.




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