Les affrontements tribaux et les combats entre rebelles et troupes gouvernementales au Darfour ont poussé à la fuite au moins 460 000 personnes dans cette province de l'ouest du Soudan en proie à une recrudescence des violences, a annoncé jeudi l'ONU.

Publié le 14 nov. 2013
AGENCE FRANCE-PRESSE

Le gouvernement soudanais semble impuissant face à ces tribus qu'il a lui-même armées pour lutter contre la rébellion qui agite la région depuis dix ans, mais qui se battent désormais entre elles pour la terre, l'eau et les droits miniers.

«Selon les organisations humanitaires, au moins 460 000 personnes ont fui leurs foyers au Darfour depuis le début 2013, à cause de violences tribales et de combats entre les Forces armées soudanaises et les mouvements armés», a indiqué le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA) dans son bulletin hebdomadaire.

«Ce chiffre est supérieur au nombre de déplacés internes au Darfour en 2011 et 2012», est-il précisé.

Depuis 2003 et le soulèvement de rebelles contre le pouvoir central et les élites arabes, accusés d'accaparer les richesses, le Darfour est le théâtre de violents affrontements entre armée et tribus d'un côté, et rebelles de l'autre.

Mais depuis plusieurs mois, les combats entre tribus ont connu un regain de violences, devenant même, selon les autorités, la principale menace à la sécurité de la région.

«Les heurts entre tribus sont le plus gros défi et la menace la plus sérieuse pour la sécurité du Darfour, davantage que les mouvements rebelles», a déclaré le ministre soudanais de la Défense Abdelrahim Mohammed Hussein devant le Parlement mardi.

Ces heurts ont fait des centaines de morts dans la région, déjà durement éprouvé par les dix années de combats entre milices pro-régime et rebelles.

Ce long et dévastateur conflit a fait au moins 300 000 morts et près de deux millions de déplacés au Darfour, selon l'ONU. Khartoum parle de 10 000 morts.

Combats à l'artillerie lourde

La mission conjointe ONU-Union africaine au Darfour (MINUAD) s'est dite lundi «profondément inquiète de l'escalade des combats entre tribus», après avoir reçu des informations sur des violences entre les Salamat, les Taïsha et les Misseriya au Darfour-Centre.

Dimanche, des sources au sein des tribus arabophones Taïsha et Salamat ont affirmé à l'AFP que des milices tribales utilisaient des roquettes et de l'artillerie lourde dans des combats se déroulant sur une large bande dans le sud-ouest du Darfour. Aucune information sur le nombre de victimes n'était disponible.

Une ONG médicale a soigné plus de 30 patients blessés par balle dans son établissement d'Umm Dukhun la semaine dernière, selon l'OCHA, qui a ajouté que des organisations humanitaires avaient dû suspendre leurs opérations dans les zones touchées par le conflit.

De nombreuses fermes ont été incendiées durant les combats, selon la même source.

Le plus haut responsable du Darfour, Eltigani Seisi, avait indiqué fin octobre que les milices tribales étaient devenues si puissantes qu'elles «échappaient au contrôle des chefs tribaux».

Selon lui, il faut renforcer les forces gouvernementales. Mais le désarmement des milices ne pourra se faire que si les groupes rebelles déposent les armes, avait-il précisé.

Devant le Parlement, le ministre de la Défense a affirmé cette semaine que les forces armées avaient débuté une opération pour écraser les rebelles du Darfour, ainsi que ceux du Kordofan-Sud et du Nil bleu, deux régions frontalières du Soudan du Sud où Khartoum cherche à assoir son autorité depuis la partition en 2011.

Depuis 2012, les rebelles de ces deux régions, membres de la branche nord du Mouvement de libération des peuples du Soudan (SPLM-N), se sont associés aux rebelles du Darfour au sein du Front révolutionnaire soudanais, qui ambitionne de renverser le régime de Khartoum pour installer un gouvernement plus représentatif de la diversité du pays.