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L'armée nigériane traque les islamistes et verrouille Maiduguri

Des femmes traversent la rue avec leurs biens... (Photo: Reuters)

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Des femmes traversent la rue avec leurs biens peu après l'annonce d'un couvre-feu à Maiduguri.

Photo: Reuters

Timothy Kolajo
La Presse

(MAIDUGURI) L'armée nigériane a verrouillé dimanche la ville de Maiduguri, imposant un couvre-feu total et traquant les insurgés islamistes de Boko Haram, et les habitants voient les prix des aliments grimper à cause du blocus imposé par les autorités.

Un couvre-feu permanent a été instauré dans douze quartiers de la ville, considérés comme des fiefs du groupe islamiste, en vue d'«opérations spéciales» de l'armée. Maiduguri, capitale de l'État de Borno, dans le nord-est du Nigeria, est considérée comme le berceau de Boko Haram.

Toutes les rues menant aux églises étaient bouclées dimanche, et même dans les quartiers où le couvre-feu n'était pas en vigueur, les artères, quadrillées par des chars, étaient désertes.

«Le réseau de téléphone est totalement coupé», a indiqué sous couvert d'anonymat le responsable d'une organisation humanitaire, qui n'a pu joindre aucune de ses équipes dans les États de Borno et Yobe.

Le Nigeria mène depuis mercredi une offensive d'envergure contre Boko Haram. Des milliers de soldats ont été déployés dans les États de Borno, Yobe et Adamawa, dans le nord-est du pays, où l'état d'urgence a été décrété pour reconquérir les zones passées sous contrôle des insurgés. L'armée a même opéré des frappes aériennes avec avions de chasse et hélicoptères de combat.

Samedi, l'armée a annoncé la mort de «dix terroristes présumés» dans un quartier de Maiduguri «passé au peigne fin» pour en extirper «tous les insurgés encore en vie», et l'arrestation de 65 autres.

Début de pénuries

Pour couper toute possibilité de ravitaillement des islamistes, l'armée impose un blocus de la région. Conséquence, le prix des denrées a déjà commencé à grimper à Maiduguri et dans les localités du nord de Borno, les camions de marchandises ne pouvant circuler librement à l'entrée et à la sortie de la ville.

«Il y a une énorme file de camions remplis de produits de première nécessité (...) le long de Baga road, en direction du nord,» a déclaré Ibrahim Yahaya, un habitant de Maiduguri, joint par courrier électronique. «Il y en a au moins 30 (...) et des chauffeurs disent avoir été empêchés de partir vers le nord, craignant que certains des produits n'atterrissent dans les mains de Boko Haram», a-t-il ajouté.

Les pénuries ont commencé à toucher notamment la ville nigériane de Gomburu Ngala, à la frontière du Cameroun, où des déplacés, redoutant des raids aériens, continuaient d'affluer dimanche.

«Les camions de marchandises ont cessé d'arriver de Maiduguri depuis la semaine dernière», a rapporté Grema Babagoni, un habitant joint par l'AFP via une ligne téléphonique camerounaise.

Les pénuries, selon cet habitant, ont déjà fait grimper les prix de 25% «et si le blocus continue, on pourrait venir à bout des réserves».

Gomburu Ngala accueille un flux incessant d'habitants du district de Marte, une des localités tombées aux mains de Boko Haram avant le début de l'offensive.

Risques de bavures

Outre les problèmes de ravitaillement, les habitants craignent aussi des exactions de l'armée nigériane.

«Je dois rester chez moi avec ma famille parce que j'ai peur de la façon dont les soldats mènent leur mission», a raconté Ezekiel Adamu, un marchand de Maiduguri au correspondant de l'AFP. «Ils ont l'air d'avoir plus de pouvoir, avec l'état d'urgence, et ils deviennent très désagréables avec les civils».

Les forces de l'ordre nigérianes ont souvent été accusées de violation des droits de l'homme et d'abus envers les civils dans leur répression de l'insurrection islamiste.

Selon l'ONG Human Rights Watch, les attaques de Boko Haram et la répression de l'insurrection par les forces de sécurité ont fait 3600 morts depuis 2009.

En 2009, l'armée avait pilonné plusieurs quartiers de Maiduguri lors d'une vaste opération contre les islamistes, qui avait fait plus de 800 morts dans toute la région.

Le chef charismatique de Boko Haram à l'époque, Mohamed Yusuf, avait été tué au cours de cette offensive, et le groupe avait cessé toute activité pendant presque un an.

Depuis sa réapparition en 2010, le groupe islamiste a mené de nombreux attentats contre les forces de l'ordre, des symboles de l'État, des églises et contre le siège des Nations unies à Abuja.

De nombreux experts craignent que cette nouvelle offensive de l'armée ne parvienne pas à venir à bout de Boko Haram, qui risquerait alors de s'enfoncer d'autant plus dans la clandestinité.

Des voix se sont élevées pour demander aux dirigeants nigérians de résoudre les problèmes sociaux qui alimentent l'insurrection, notamment la pauvreté et la corruption des élites.

Le Nigeria est le premier producteur de pétrole d'Afrique, mais la majorité de ses 160 millions d'habitants vit avec moins de deux dollars par jour, ce qui, selon certains experts, nourrit les frustrations d'une jeunesse qui s'est radicalisée au point de rejoindre les insurgés islamistes.




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