La rébellion centrafricaine a de nouveau menacé lundi de marcher sur Bangui, disant ne pas croire aux promesses de partage du pouvoir faites la veille par le président François Bozizé pour sauver son régime.

Patrick FORT et Xavier BOURGOIS AGENCE FRANCE-PRESSE

La France, ancienne puissance coloniale, a de son côté pressé toutes les parties à ouvrir un dialogue pour un arrêt des hostilités dans le cadre de la médiation africaine.

Dimanche, le président de l'Union africaine Thomas Boni Yayi s'était rendu à Bangui et avait obtenu du président Bozizé l'offre de négociations sans délai à Libreville, au Gabon, et la formation d'un gouvernement d'union nationale auquel pourraient participer les rebelles.

Sans répondre directement à cette offre de dialogue, le porte-parole du Séléka a accusé lundi le gouvernement de poursuivre ses «exactions» contre les sympathisants des rebelles à Bangui et de préparer une contre-offensive militaire dans le nord pour justifier sa ligne dure.

«Nous en appelons aux forces africaines de maintien de la paix pour qu'elles interviennent immédiatement dans la capitale pour faire cesser les exactions et assassinats de prisonniers, ou qu'elles ne nous empêchent pas de le faire», a déclaré dans un entretien téléphonique à l'AFP le porte-parole du Séléka Eric Massi.

M. Massi avait brandi pour la première fois dimanche la menace d'une marche sur Bangui dont la Séléka n'est plus qu'à 160 km après trois semaines d'offensive.

Les forces des États d'Afrique de l'Ouest présentes en Centrafrique pour jouer un rôle stabilisateur ont établi un dernier verrou sur la route de la capitale à Damara, à 75 km au nord de Bangui.

«Il ne fait plus aucun doute que la sincérité des promesses de François Bozizé faites à Yayi Boni n'est pas réelle», a affirmé le porte-parole rebelle tout en disant souhaiter l'intervention du président français François Hollande pour organiser un entretien téléphonique entre lui-même et le président Bozizé.

M. Massi a ajouté s'être entretenu dimanche soir avec M. Boni Yayi pour qu'il intervienne auprès de Paris et du reste de la communauté internationale.

«Priorité à l'arrêt des hostilités»

La France a envoyé des renforts à Bangui et dispose de près de 600 hommes à l'aéroport pour une éventuelle évacuation des Européens. Mais Paris a souligné à plusieurs reprises ne pas vouloir intervenir pour sauver le régime.

Lundi, le chef de la diplomatie française Laurent Fabius a appelé toutes les parties centrafricaines à ouvrir «sans délai les négociations prévues à Libreville», au Gabon. «La priorité est plus que jamais au dialogue et à l'arrêt des hostilités», a-t-il ajouté alors que le refus d'intervenir de Paris a suscité une certaine hostilité à Bangui où l'ambassade de France a été attaquée la semaine dernière par des manifestants.

L'offensive lancée le 10 décembre par le Séléka a amené samedi ses forces à Sibut, à 160 km au nord de Bangui, sans véritable résistance. Alors que les rebelles contrôlent désormais la plus grande partie du pays, dont les grandes villes diamantifères et aurifères, la marge de manoeuvre de François Bozizé, qui dirige depuis 2003 ce pays de 5 millions d'habitants, paraissait très réduite.

À Bangui, de nombreux Centrafricains étaient massés lundi devant les banques pour la paie de fin de mois, se disant inquiets pour l'avenir et soucieux de la flambée des prix.

«On va essayer d'acheter un peu plus de manioc pour pouvoir rester à la maison si les rebelles arrivent». Quant au réveillon, «on n'a pas la forme habituelle», a dit à l'AFP Sylvain Derouanda, gardien d'une entreprise de sécurité.

Le ministre de l'Administration centrale José Binoua s'est plaint que la pression internationale ne s'exerce que sur le président Bozizé. «Cela peut entraîner une révolution de palais», a-t-il dit à l'AFP.

De son côté, l'opposition centrafricaine s'est déclarée sceptique sur les concessions du président Bozizé. «Il fait des promesses et ne les tient pas», a déclaré à l'AFP le principal opposant, l'ancien premier ministre Martin Ziguélé, plaidant pour un dialogue politique.