L'avocat de la police sud-africaine a exprimé des regrets et reconnu la possibilité d'une bavure, mais plaidé la légitime défense lundi devant la commission d'enquête sur la mort de 34 mineurs en grève abattus par les forces de l'ordre le 16 août à Marikana (nord).  

Mis à jour le 22 oct. 2012
AGENCE FRANCE-PRESSE

L'avocat Ishmael Semenya a fait part des « profonds regrets » de la police, avant d'expliquer que « la situation était devenue hors de contrôle ».

« Il s'agissait de désarmer et de disperser plus de 3000 manifestants », a-t-il plaidé.

« Il n'y a pas eu d'intention de tuer de la part de la police », a-t-il ajouté, expliquant que la fusillade « avait été une réponse au danger imminent auquel ils (les policiers) faisaient face ».

Son audition se tenait en présence de la chef de la police sud-africaine, Riah Phiyega.

Me Semenya a versé au dossier trois éléments majeurs.

Il a affirmé d'une part que « les policiers de l'unité de réaction tactique avaient (...) ouvert le feu à balles réelles sans avoir reçu d'instruction de quiconque ».

D'autre part que la fusillade proprement dite avait fait 16 morts.

Les policiers ont ensuite poursuivi les manifestants dans les collines voisines pour les désarmer, certains ouvrant le feu, car ils croyaient qu'on tirait sur leurs collègues, a-t-il expliqué.

La plupart des victimes n'ont pas répondu aux tirs de sommation, a souligné l'avocat.

Pour huit d'entre elles dont les rapports balistiques ne sont pas encore disponibles, « les preuves pourraient montrer que la réponse de la police pourrait avoir été disproportionnée », a-t-il déclaré.

Enfin, il a indiqué que la police avait retrouvé deux armes sur le lieu où sont tombées les 16 premières victimes, et trois autres plus tard.

Me Semenya a aussi longuement expliqué que la police avait tenté de jouer les médiateurs entre grévistes, syndicats et direction dans les jours précédents la fusillade, aux cours desquels dix personnes - dont deux policiers- avaient été tuées.

La police voulait surtout désarmer les manifestants, lesquels refusaient d'abandonner leurs armes traditionnelles, machettes, bâtons ou lances, selon lui.

Le 16 août, les manifestants ont défié les policiers par trois fois en franchissant une « ligne jaune » tracée au sol par les forces de l'ordre, a-t-il noté, avant d'ajouter que les policiers ont décidé de tirer à balles réelles après que les gaz lacrymogènes, canons à eau et balles en caoutchouc se furent révélés insuffisants.

Un manifestant, identifié par sa couverture verte, a aussi proféré des menaces à l'intention d'un policier, lui disant : « On va s'entretuer », a relevé l'avocat.

Les affrontements n'ont pas fait de victimes parmi les policiers.

Mise en place par le président Jacob Zuma devant l'émotion causée par le massacre diffusé en direct à la télévision, la commission avait démarré ses travaux le 1er octobre, avant de les ajourner pour faire venir les familles des victimes.

La plupart viennent de provinces éloignées, essentiellement du très pauvre Cap oriental (sud). Plusieurs proches étaient placés au premier rang lundi, surtout des femmes, écoutant silencieusement.

Les événements de Marikana ont fait au total 46 morts. Dix personnes ont trouvé la mort entre le 10 et le 12 août dans des règlements de compte entre mineurs, dont deux policiers tués à la machette et deux vigiles de la mine.