Les planteurs de Côte d'Ivoire, premier producteur mondial de cacao, attendent du nouveau président Alassane Ouattara un «plan cacao» qui améliore leurs revenus, après l'avoir espéré en vain sous Laurent Gbagbo.

Publié le 22 juill. 2011
Christophe KOFFI AGENCE FRANCE-PRESSE

«Nous appelons à réorganiser la filière au profit des petits planteurs», explique à l'AFP Fulgence N'guessan.

Basé à Gonaté, bourgade poussiéreuse à une cinquantaine de km de la ville de Daloa (centre-ouest), en pleine «boucle du cacao», il dirige la coopérative «Kavokiva» («bonne entente», en langue gouro), la plus importante du pays avec 12 000 planteurs.

Pour lui, la décennie Gbagbo «n'a pas permis d'accroître de façon substantielle le revenu» du million de planteurs, dont la production (quelque 1,2 million de tonnes en 2010-2011) représente pourtant 40% des recettes d'exportation avec le café.

«Le cacao ne nous enrichit pas, il nous permet de survivre», se lamente Maurice Tra-Bi, bottes en plastique «contre les serpents», en donnant de grands coups de machette dans un cacaoyer.

«La quasi-totalité des villages du cacao est dépourvue de centres de santé et même d'eau potable», s'indigne ce planteur, dénonçant la «pauvreté grandissante» parmi les siens.

Au début des années 2000, Laurent Gbagbo avait, sous la pression des institutions internationales, libéralisé le secteur. Créées pour assurer transparence et équité, les structures de régulation ont échoué et leurs dirigeants sont restés longtemps en prison pour mauvaise gestion présumée. La nouvelle réforme souvent promise par l'ex-président n'a jamais vu le jour.

Traduisant un sentiment largement répandu parmi les paysans, l'économiste Gervais N'dah fustige une «escroquerie fiscale» de l'État.

«En Côte d'Ivoire, les planteurs paient le plus d'impôt au monde. Quand le cacao est à 1000 FCFA/kg (1,5 euro), on lui retire plus de la moitié», relève-t-il.

Les «pisteurs», ces intermédiaires qui achètent aux paysans pour les multinationales du chocolat, sont aussi pointés du doigt, accusés de «brader la récolte». «Ils sont devenus plus riches que les planteurs», s'insurge M. N'dah.

Après le bras de fer de la crise post-électorale (novembre 2010-avril 2011), le gouvernement a pu relancer dès début mai l'exportation de fèves brunes, stoppée durant des mois.

Il s'est engagé dernièrement à remettre en chantier une réforme de la filière. Le candidat Ouattara avait promis de restaurer un système de prix garanti, comme celui qui avait contribué au «miracle» économique ivoirien des années 1960-1970.

Mais pour ranimer son âge d'or et continuer de distancer le voisin ghanéen (900 000 tonnes), le cacao de Côte d'Ivoire a aussi besoin de rajeunir: le verger (deux millions d'hectares) est vieillissant, ce qui entraîne de maigres rendements et contribue à une baisse de qualité.

Parmi les initiatives prises pour parer au déclin, le géant suisse Nestlé a démarré récemment un vaste programme de renouvellement en distribuant des pépinières aux planteurs.

Il s'agit, sur une décennie, d'insérer des «variétés à haut rendement» (deux tonnes à l'hectare contre moins d'une) résistantes aux maladies, selon le chef du projet, Philippe Courbet.

Au milieu de son champ d'Okoukouamekro, un village proche de Gonaté, Jean Loukou Yao, planteur de 25 ans, a le sourire: il pourra régénérer ses 10 hectares, vieux d'un demi-siècle et hérités de son père.

Mais sa voisine Marie-Thérèse Séry, cadre récemment convertie à la culture du cacao, avertit: «le programme de régénération des plantations sera vain si la rémunération des planteurs n'est pas au centre».