Le président sénégalais Abdoulaye Wade a décidé «de retirer» le projet controversé de réforme constitutionnelle sur l'institution d'un «ticket présidentiel», a annoncé jeudi aux députés son ministre de la Justice, Cheikh Tidiane Sy, après de violents heurts à Dakar.

AGENCE FRANCE-PRESSE

Le président Wade «a pris en considération vos préoccupations», il «a pris bonne note» de toutes les réactions et «il m'a chargé de retirer ce projet de loi», a déclaré le ministre, l'air grave, suscitant des applaudissements nourris dans l'hémicycle.

Ce projet de loi était examiné par les députés réunis depuis jeudi matin en séance plénière.

Avant d'annoncer sa décision, M. Wade avait aussi «reçu des messages de partis et de chefs religieux», a précisé Cheikh Tidiane Sy.

Adoptée en Conseil des ministres le 16 juin, la version initiale de ce projet de loi visait à modifier la Constitution pour permettre aux Sénégalais d'élire simultanément, dès février 2012, un président et un vice-président sur la base d'un «ticket» qui, pour l'emporter, pouvait ne recueillir au premier tour que 25% des suffrages exprimés.

Ce minimum de voix au premier tour était parmi les dispositions les plus décriées. Jeudi matin, à l'ouverture de la séance plénière, le ministre avait annoncé que M. Wade avait décidé d'abandonner cette disposition pour conserver dans le projet la majorité absolue (50% plus une voix) comme minimum pour emporter l'élection au premier tour.

Le projet de «ticket présidentiel» a mis le régime de M. Wade face à une contestation d'ampleur jamais égalée depuis son arrivée au pouvoir, en 2000. Plusieurs manifestations, certaines marquées par des violences ont été enregistrées jeudi, et les protestataires se sont fait entendre jusque dans le camp du Parti démocratique sénégalais (PDS, au pouvoir) et de ses alliés.

Des députés de la majorité avaient refusé de voter la loi. Peu avant l'annonce du retrait du projet de loi, le chef du groupe parlementaire de la majorité, Doudou Wade, avait interpellé le ministre de la Justice sur la violente contestation du texte.

«Je voudrais que vous répondiez à toutes ces personnes qui ont dit qu'il y avait des problèmes dans ce texte et que la paix au Sénégal valait plus que ce texte», a-t-il lancé au ministre.

«La démocratie a triomphé! Le peuple a triomphé!», a jubilé devant les journalistes le député El Hadj Diouf, chef d'un parti membre de la mouvance présidentielle, qui a dénonçait le texte depuis plusieurs jours.