Une équipe de l'ONU va enquêter sur de récentes allégations de viols dans un village de l'est de la République démocratique du Congo (RDC), a indiqué jeudi une porte-parole de la Haut commissaire aux droits de l'homme.

AGENCE FRANCE-PRESSE

«Une mission interagence de l'ONU va se rendre dans la région... Une des principales tâches (...) sera de vérifier ces allégations de viols», a déclaré Ravina Shamdasani, interrogée par l'AFP.

«Nous avons également reçu des allégations mais nous avons besoin de nous rendre sur place pour les confirmer avant de pouvoir» en dire davantage, a-t-elle dit.

Plus d'une centaine de personnes d'un village de l'est de la République démocratique du Congo (RDC) ont été victimes de viols et de violences physiques entre les 10 et 12 juin, a déclaré jeudi l'ONG Médecins sans frontières (MSF).

«Nos équipes ont soigné depuis ce mardi plus de 100 personnes qui ont été victimes de viols ou de violences physiques entre le 10 et le 12 juin», dans la zone du village de Nyakiele (est), a déclaré à l'AFP Megan Hunter, chef de mission MSF Hollande dans la province du Sud-Kivu.

Selon le député provincial Jean-Marie Ngoma, interrogé par l'AFP, «plus de 60 femmes» de ce village ont été victimes de viols commis par des «militaires de l'armée congolaise» dirigés par le colonel Niragire Kifaru, ancien milicien Maï Maï, qui se sont enfuis d'un centre militaire.

Mercredi, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU avait évoqué, sans faire état de viols, des pillages et exactions commis dans la nuit du 10 au 11 juin dans les localités de Kanguli, Abala et Niakiele, par près de 200 militaires du colonel Kifaru après avoir fait défection.

Le colonel Vianney Kazarama, porte-parole des Forces armées de la RDC (FARDC) au Sud-Kivu, a démenti à l'AFP que le colonel Kifaru soit impliqué dans les viols: «C'est faux, il n'a jamais commis d'infraction. Il y a des milices Maï Maï dans la zone, et aussi des (rebelles) des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR)».

Le porte-parole des FARDC a en revanche admis que le colonel avait «pris le chemin de la brousse, car il réclamait que les militaires (au centre de brassage) soient pris en considération, parce qu'ils n'ont pas d'eau, pas à manger».

MSF Hollande se trouvait dans cette zone, reculée et difficile d'accès, pour une campagne de vaccination contre la rougeole. Une équipe de six personnes de l'ONG a été dépêchée dans le centre de santé d'Abala et le centre hospitalier de Niakiele pour soigner les victimes, des hommes comme des femmes.

«Nous n'avons pas encore de chiffre final sur le nombre de victimes de viols. C'est bien possible qu'il y en ait plus que 60, mais c'est difficile de le dire pour l'instant», a ajouté la chef de mission de MSF au Sud-Kivu, sans vouloir dire qui aurait commis les viols.

Les FARDC procèdent depuis plusieurs semaines à la formation de régiments dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu, à la suite de l'intégration dans leurs rangs de plusieurs groupes armés locaux.

Selon le député provincial Ngoma, le colonel Kifaru est un ancien membre de la milice Maï Maï des Patriotes résistants congolais (PARECO), qui commandait le 42e secteur des FARDC basé à Fizi, une localité à trois heures de route de Niakiele.

Le centre militaire d'où lui et ses hommes ont fait défection se trouve à 10 km de Fizi, selon le député, affirmant qu'ils se dirigent actuellement vers le Nord-Kivu (plus au nord) en «commettant de nombreuses exactions».