Une attaque de nomades arabes contre un convoi de Sud-Soudanais a fait dix morts à la frontière Nord-Sud, ont annoncé les autorités mardi, au troisième jour du référendum sur l'indépendance du Sud.

«Un convoi de personnes rentrant du Nord au Sud-Soudan a été la cible d'une embuscade hier (lundi) vers 17h00, heure locale (09h00, heure de Montréal) par des Misseriya armés. Dix ont été tuées et 18 blessées», a déclaré lors d'une conférence de presse à Juba, capitale du Sud, le ministre sud-soudanais de l'Intérieur, Gier Chuang.

L'attaque est survenue à la frontière du Kordofan-Sud (Nord) et du nord de la région de Bahr al-Ghazal (Sud), a-t-il précisé. «Le convoi était formé de 30 autobus et sept camions. Les camions ont été pillés et les autobus sont retournés vers le Nord».

Les Misseriya avaient combattu pendant la guerre civile Nord-Sud du côté du gouvernement de Khartoum. Ces nomades contrôlent une grand partie de l'État nordiste du Kordofan-Sud et revendiquent le territoire disputé d'Abyei -tout comme la tribu sudiste Dinka Ngok- où ils migrent chaque année en quête d'eau et de pâturage pour leur bétail.

Les Casques bleus de l'ONU ont renforcé au cours des derniers jours leurs patrouilles dans la région d'Abyei.

«Comment voulez-vous que nous ayons commis ces actes quand l'ONU est sur le terrain entre nous et les Dinka?», a dit à l'AFP un leader Misseriya, soutenant que «depuis plusieurs jours, les gens qui rentrent au sud ont changé leur trajet afin de rester loin de nous».

Des Misseriya avaient bloqué ces dernières semaines des convois de sudistes faisant le trajet entre la capitale soudanaise et le Sud-Soudan, vaste région qui se prononce depuis dimanche sur son indépendance après des années de guerre civile contre le pouvoir de Khartoum, depuis le milieu des années 1950.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon «est très inquiet (...) et demande aux dirigeants du parti du Congrès national (au pouvoir) et du Mouvement populaire de libération du Soudan (ex-rebelles) de maintenir le calme et de résoudre le problème par un dialogue pacifique», a indiqué son porte-parole Martin Nesirky.

Il «incite les deux parties à reprendre et faire aboutir les négociations sur Abyei de façon prioritaire», a-t-il ajouté.

Le porte-parole a par ailleurs indiqué que «la mission de l'ONU au Soudan (UNMIS) a intensifié ses patrouilles sur le terrain et se tient prête à renforcer sa présence en cas de besoin».

«Nous suivons de très près la situation sur le terrain et exhortons les gens d'Abyei et leurs leaders à faire preuve de retenue», a déclaré de son côté le premier ministre britannique William Hague dans un communiqué.

De longues files d'attente étaient toujours observées mardi devant les bureaux de vote, au troisième jour du référendum d'autodétermination qui devrait mener à la création d'un nouveau pays au coeur du continent africain.

Du fait de la grande affluence, la commission référendaire a annoncé la prolongation d'une heure par jour de l'ouverture des bureaux de vote, de 17h00 à 18h00.

«La participation est très forte à travers le Sud, mais nous n'avons pas de pourcentage précis», a déclaré le vice-président de la commission référendaire, Chan Reec.

Les analystes, et même la classe politique nordiste, pronostiquent une victoire de l'option sécessionniste. Au moins 60% des électeurs inscrits doivent voter afin que le résultat du vote soit jugé valide.

Quelque quatre millions d'électeurs étant inscrits sur les listes, le pourcentage requis serait atteint si environ 2,4 millions de personnes votent. Selon M. Reec, environ un million de personnes ont voté à travers le Sud-Soudan, d'après les données colligées auprès de la moitié des bureaux de vote.