L'ancien vice-président de la République démocratique du Congo (RDC) Jean-Pierre Bemba a été accusé lundi d'avoir «permis sciemment» à sa milice de commettre des centaines de viols en Centrafrique en 2002 et 2003, à l'ouverture de son procès devant la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye.

Mis à jour le 22 nov. 2010
Marie-Laure Michel AGENCE FRANCE-PRESSE

«Jean-Pierre Bemba a sciemment permis aux 1500 hommes qu'il commandait de commettre des centaines de viols, des centaines de pillages», a déclaré le procureur de la CPI, l'Argentin Luis Moreno-Ocampo, dans sa déclaration liminaire.

Selon Luis Moreno-Ocampo, «Jean Pierre Bemba était le commandant militaire avec l'autorité effective et le contrôle des troupes qui ont commis les crimes». «Bemba a créé sa milice, il la possédait», a-t-il souligné.

La défense a dénoncé une enquête «partiale» et «bâclée», qui «n'apporte absolument pas aux juges ce qu'ils sont en droit d'attendre, c'est-à-dire des preuves au-delà de tout doute raisonnable», a regretté Me Nkwebe Liriss.

L'opposant congolais, candidat malheureux à l'élection présidentielle de 2006 en RDC, est accusé de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, à savoir des viols, pillages et meurtres, commis en 2002 et 2003 par sa milice du Mouvement de libération du Congo (MLC) en Centrafrique, où elle soutenait les troupes du président Ange-Félix Patassé, victime d'une tentative de coup d'État du général François Bozizé.

L'accusé, vêtu d'un costume de couleur bleu marine et d'une chemise bleu ciel, fortement corpulent, est resté impassible pendant la lecture des charges qui pèsent contre lui. Il risque la réclusion criminelle à perpétuité.

Il est poursuivi non en tant qu'auteur ou co-auteur mais en tant que «chef militaire», en vertu du principe de la «responsabilité du commandant», ce que conteste catégoriquement la défense.

«M. Jean-Pierre Bemba Gombo a parfaitement compris (...) et plaide non coupable», a répondu à cinq reprises son avocat, Me Nkwebe Liriss, s'adressant à la présidente Sylvia Steiner qui lui demandait si l'accusé avait «bien compris» les cinq charges pesant contre lui.

Cinq mois durant, jusqu'en mars 2003, les troupes du MLC ont, selon l'accusation, violé des femmes, des enfants, des hommes et des vieillards, pillé et tué ceux qui leur opposaient une résistance.

«Des groupes de deux à trois soldats se sont introduits dans une maison après l'autre», a affirmé le procureur: «ils ont violé les femmes (...) indépendamment de leur âge. Quand les civils résistaient, ils étaient tués».

«Les viols massifs n'étaient pas seulement sexuellement motivés, c'étaient des crimes de domination et d'humiliation contre les femmes mais aussi contre les hommes qui avaient de l'autorité», a asséné le procureur.

La CPI a autorisé la participation de 759 victimes au procès, a indiqué la présidente, selon laquelle «653 demandes sont en attente d'une décision des juges».

«C'est la première fois dans l'histoire de la justice internationale qu'un groupe aussi nombreux est autorisé à participer», avait souligné lundi matin  Paolina Massidda, responsable du Bureau de conseil public pour les victimes, lors d'une conférence de presse à la CPI.

Les victimes sont représentées par deux avocats centrafricains en fonction de leur origine géographique. Elles peuvent obtenir des réparations devant la CPI, premier tribunal pénal international permettant la participation des victimes aux procédures.

Jean-Pierre Bemba qui avait fui la RDC en 2007, avait été arrêté le 24 mai 2008 à Bruxelles en vertu d'un mandat d'arrêt de la CPI, saisie en 2004 par François Bozizé, au pouvoir en Centrafrique depuis 2003.

En détention provisoire depuis son arrestation, M. Bemba n'a pas été reconnu indigent par la CPI. Ses avoirs et ses biens ont été gelés à la demande de la Cour qui avance l'argent nécessaire à sa défense, 30 150 euros (près de 42 000$) par mois.

Le procès de M. Bemba est le troisième procès de la CPI, entrée en fonction en 2002. Les deux premiers procès, en cours, sont ceux de trois chefs de milice de RDC.