Le ministère public d'Afrique du sud a requis mercredi une amende d'environ 2000$ CAN contre quatre anciens étudiants blancs auteurs d'une vidéo raciste dont la diffusion en 2008 avait rouvert les plaies de l'apartheid.

AGENCE FRANCE-PRESSE

Le tribunal de Bloemfontein (centre), qui les a jugés coupables, mardi, d'avoir porté atteinte à la dignité de cinq employés noirs de leur ancienne université, a mis sa décision sur la peine en délibéré à vendredi.

Johnny Roberts, Schalk van der Merwe, RC Malherbe et Danie Grobler avaient réalisé en 2007, alors qu'ils étaient encore étudiants à Bloemfontein, un film amateur destiné à mettre en scène leur opposition à la mixité raciale dans les résidences de l'université.

À l'écran, ils humiliaient cinq employés noirs d'âge mur lors d'une parodie d'initiation, notamment en les faisant boire dans des seaux où l'un d'eux avait apparemment uriné.

«Ils ont délibérément manipulé les cinq employés en profitant de leur analphabétisme», a estimé mercredi le procureur, Johan Kruger, en réclamant une peine de 15 000 rands (environ 2000$ CAN) à leur encontre.

Le procureur a expliqué qu'il ne demandait pas une peine de prison, conformément au souhait des victimes qui voulaient seulement donner une leçon aux jeunes gens.

À l'ouverture de leur procès, les accusés avaient plaidé coupable. «Ils n'avaient pas réalisé la portée de leur vidéo (...) mais rétrospectivement, ils reconnaissent que leur exploitation des employés était indélicate, mal avisée et injuste», avait déclaré leur avocat Kemp J Kemp.

Les anciens étudiants avaient toutefois soutenu avoir seulement fait semblant d'uriner dans le seau, en pressant une bouteille de jus d'orange. «C'était une mise en scène qui devait ressembler à de l'urine», selon Me Kemp.

Ce dernier a estimé mercredi qu'une amende de 5 000 rands «serait une peine juste», «conforme à la jurisprudence». Il a répété que ses clients étaient «emplis de remords».

La diffusion de la vidéo, début 2008, avait suscité l'indignation dans le pays, en rappelant que le racisme pouvait exister même dans les générations éduquées après la chute de l'apartheid.

L'université du Free State a été fondée il y a 105 ans au coeur du pays Afrikaner - fief des descendants des premiers colons européens parlant une langue dérivée du Néerlandais.

Après l'avènement de la démocratie multiraciale, en 1994, elle s'est ouverte aux étudiants noirs, qui représentent aujourd'hui 65% de ses effectifs. Mais chaque groupe racial a continué de vivre à l'écart.

Pour forcer les étudiants à se connaître, l'équipe de direction a imposé la mixité raciale dans les résidences universitaires à partir de janvier 2008. C'est cette décision qui avait déclenché la furie des auteurs de la vidéo raciste.

Le film avait d'abord été diffusé lors d'une soirée étudiante fin 2007, où il avait suscité l'hilarité des étudiants blancs et gagné le prix de la meilleure vidéo de la fête, selon le quotidien The Star.

Seule sa diffusion sur Internet quelques mois plus tard avait enclenché la vague de condamnations. Ses auteurs avaient alors été suspendus de l'Université.

Mais un an plus tard, un nouveau recteur noir, Jonathan Jansen, avait autorisé leur réintégration au nom de la réconciliation raciale.

Sa décision avait ravivé le débat. Le parti au pouvoir, le Congrès national africain (ANC), lui avait reproché de faire passer les droits des accusés avant ceux des victimes.

Ces dernières ont par ailleurs introduit une requête au civil, devant le Tribunal pour l'équité de Bloemfontein, et réclament un million de rands (environ 150 000$ CAN) à chacun des auteurs de la vidéo.