Le Nobel de la Paix sud-africain Desmond Tutu a annoncé jeudi son retrait de la vie publique pour consacrer plus de temps à sa famille, un engagement qu'il pourrait avoir du mal à tenir compte-tenu de sa vigueur.

Charlotte Plantive AGENCE FRANCE-PRESSE

«Le 7 octobre, j'aurai 79 ans et je me retirerai de la vie publique», a déclaré l'ancien chef de l'église anglicane d'Afrique du Sud lors d'une conférence de presse dans une cathédrale du Cap.

«Je limiterai mon temps de travail à une journée par semaine jusqu'à la fin février, et ensuite mon bureau fermera», a précisé l'ancien archevêque, qui avait reçu en 1984 le Nobel de la Paix pour son combat contre le régime raciste d'apartheid.

Vêtu de sa robe pourpre, Mgr Tutu, largement considéré comme la «Conscience morale» de l'Afrique du Sud, a expliqué avoir besoin de «ralentir» son rythme effréné.

«Au lieu de vieillir tranquillement, à la maison avec ma famille, j'ai passé trop de temps dans des aéroports et des hôtels», a-t-il estimé. «J'ai besoin d'être un petit peu plus calme».

L'ancien chef de la Commission réconciliation et vérité (TRC), mise en place à l'avènement de la démocratie pour faire la clarté sur les exactions commises sous l'ancien régime, a précisé qu'il honorerait les engagements déjà pris, mais n'accepterait aucun nouveau rendez-vous, demande d'interviews ou parrainage de projets.

Il renoncera à ses fonctions à l'Université du Cap, au comité de l'ONU sur la prévention du génocide, et ne maintiendra que deux activités: celle du Centre Desmond Tutu pour la Paix et avec le groupe des Elders (les Anciens), réunissant d'anciens dirigeants et Nobel de la Paix comme l'ex-président américain Jimmy Carter ou l'ex secrétaire général de l'ONU Kofi Annan.

Faisant référence à son ami, l'ancien président Nelson Mandela, Mgr Tutu a lancé aux journalistes: «Comme a dit Madiba en annonçant sa retraite: 'ne m'appelez pas, je vous appellerai!'»

Le petit homme, connu pour son humilité, son humour et son énergie débordante, avait déjà annoncé une retraite partielle en 2000 après avoir souffert d'un cancer de la prostate.

Mais il n'avait pas résisté aux multiples sollicitations et restait très présent sur la scène nationale, en tant qu'apôtre de la réconciliation et dénonciateur des dérives du pouvoir, comme sur le théâtre de conflits à l'étranger.

Mercredi encore, il appelait le Sénégal et l'Union africaine (UA) à juger l'ex-dictateur tchadien Hissène Habré en exil pour les assassinats politiques et les actes de torture commis sous son règne. La veille, il avait publié un article dans le prestigieux New York Times pour demander au président Barack Obama de ne pas réduire les financements de la lutte contre le sida.

«C'est une voix qui nous manquera, une voix avec une autorité morale. Tous les Sud-Africains le regretteront», a commenté Aubrey Matshiqi, analyste politique au Centre pour les Études politiques.

«Il a fait beaucoup pour ce pays et pour l'église, utilisant sa position pour dénoncer les souffrances du pays sous l'apartheid», a-t-il ajouté. «Il mérite de prendre une pause, mais je ne pense pas qu'il sera capable de se retirer complètement de la vie de ce pays».

Jeudi, Mgr Tutu a pourtant promis à sa femme Leah, avec laquelle il est marié depuis 1955 et a eu quatre enfants, qu'elle serait désormais sa principale cause.

«L'épouser fut la meilleure décision de ma vie», a-t-il lancé, en promettant de lui servir désormais chaque matin «une tasse de chocolat chaud au lit, comme chaque mari dévoué se doit de le faire».