«Le plus jeune roi du monde» selon ses partisans, souverain du royaume traditionnel de Toro, dans l'ouest de l'Ouganda, a été couronné samedi dans sa capitale royale de Fort-Portal (ouest) à l'occasion de ses dix-huit ans.

Ben Simon AGENCE FRANCE-PRESSE

Oyo Nyimba Kabamba Iguru Rukidi IV a été officiellement investi à la tête du royaume de Toro (ou Tooro), devant plusieurs milliers de ses sujets, et au cours d'une cérémonie traditionnelle organisée en son palais, construit sur une colline dominant la ville de Fort-Portal.

Oyo Rukidi IV avait officiellement succédé à son père, décédé d'une crise cardiaque, en 1995 à l'âge de 3 ans, devenant alors le «plus jeune roi du monde», selon ses partisans.

Le jeune souverain a eu 18 ans cette semaine et pourra donc exercer toute son autorité -symbolique et culturelle - sur son royaume, le Toro, région aux confins de l'Ouganda et de l'ex-Zaïre, sur les contreforts de la chaîne montagneuse du Rwenzori, ces «monts de la Lune» dont les 5 000 mètres d'altitude dominent de majestueux paysages de plantations de thé.

«Notre roi a accédé au trône à l'âge de trois ans, mais il devait atteindre l'âge de 18 ans pour commencer à travailler par lui-même et de façon indépendante», a expliqué à l'AFP le porte-parole du royaume, Frederick Nyakabwa Atwoki.

«Nous avons 94 clans dans le royaume. Chaque clan a un chef, (...) et notre roi est le chef de tous les clans. Nous allons désormais apprendre qui il est», a déclaré M. Nyakabwa.

Le porte-parole a précisé que le jeune roi débutera ses études à l'université en septembre prochain, et devra donc désigner quelqu'un pour le remplacer temporairement.

Le président ougandais Yoweri Museveni, de nombreux officiels, ainsi que des représentants de plusieurs pays africains (Afrique du Sud, Nigeria...) étaient présents samedi à Fort-Portal pour assister au couronnement d'Oyo Rukidi IV.

L'un des temps forts de la cérémonie, marquée notamment par des prières catholiques et protestantes, a été le moment où tous les chefs de clans de la tribu des Toros sont venus s'aligner devant leur roi.

Le président Museveni assis à sa droite, le roi Oyo a béni d'un geste de la main une haie de javelots et frappé neuf fois sur chacun des tambours qui lui ont été présentés.

Drapé dans une longue toge brodée de bleu et d'or, le grand et maigre souverain, semblant presque mal à l'aise, a à peine esquissé un sourire, regardant fixement vers le sol. Un sérieux dont le chef de cérémonie a même un moment plaisanté.

«Il est très amical, mais c'est un jeune homme réservé. Je ne sais pas comment il gère la pression», explique Evah Baguma, une amie de longue date de la famille royale, venue spécialement de Londres pour assister au couronnement.

Sa famille et ses amis laissent entendre que l'adolescent est beaucoup plus à l'aise quand il n'est pas entouré des fastes de la couronne, de lances ou de peaux de léopards.

«C'est un jeune homme normal, il adore Arsenal!» (équipe anglaise de football), assure la princesse Dorothy Kagoro.

Fondé au début du XIXe siècle, le royaume traditionnel du Toro avait été aboli en 1966 par le régime de Milton Obote, avec plusieurs autres anciennes monarchies du pays (Buganda, Bunyoro, Busoga).

Le Toro fait partie des cinq royaumes restaurés symboliquement par le président Museveni en 1994, monarchies dont les pouvoirs ne sont que culturels mais qui conservent cependant une grande influence politique.

La famille du roi du Toro en particulier est réputée très liée au président libyen Mouammar Kadhafi, qui a fait reconstruire en 2001 le palais royal de Fort-Portal.