Après deux semaines de crise autour de la commission électorale et du gouvernement, l'opposition ivoirienne a remporté une manche face au camp du président Laurent Gbagbo, qui se prépare désormais pour les prochaines batailles, liste des votants et réunification du pays.

Mis à jour le 27 févr. 2010
AGENCE FRANCE-PRESSE

Quand il dissout le 12 février gouvernement et Commission électorale indépendante (CEI), M. Gbagbo dit vouloir lever le blocage de la CEI - dont il accuse le chef Robert Beugré Mambé de «fraude» sur la liste - et sauver un processus de paix «pris en otage par les partis politiques».

Nombre de ses partisans espèrent alors que c'en est fini d'un gouvernement de «réconciliation» incluant les adversaires du président, et que la CEI, composée par les partis et dominée par l'opposition, va être remise à plat.

L'enjeu est de taille: le cabinet et la commission sont chargés de conduire le pays à une élection présidentielle, reportée depuis la fin du mandat de M. Gbagbo en 2005 et censée clore la crise née du putsch manqué de 2002, qui a coupé le pays en un nord rebelle et un sud loyaliste.

Mais le bilan est amer pour le chef de l'Etat et les siens.

La nouvelle CEI, dont M. Gbagbo souhaitait revoir le «format», conserve la même architecture. Réunie au sein du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), l'opposition en garde le contrôle et la présidence.

Quant au gouvernement, encore incomplet, il doit compter comme le précédent des ministres issus de l'opposition.

Même si le RHDP et ses dirigeants, l'ancien président Henri Konan Bédié et l'ex-Premier ministre Alassane Ouattara, se gardent de crier victoire, ils peuvent être satisfaits.

Souvent moquée comme une opposition «choco» (de salon, en argot ivoirien nouchi), la coalition a atteint ses principaux objectifs et «remobilisé ses troupes» via des manifestations à travers le pays, souligne un observateur.

Elle a même eu ses «martyrs», au moins sept personnes mortes lors de la répression de protestations.

Dans l'entourage du chef de l'Etat, on vante sa «flexibilité» sur la CEI et le gouvernement, et on reconnaît l'influence du médiateur, le président burkinabè Blaise Compaoré.

Mais il «n'a pas cédé sur les hommes», souligne-t-on: il a obtenu le départ de M. Mambé et n'acceptera pas dans le nouveau cabinet d'anciens ministres RHDP qu'il a récusés jusque-là.

Le camp présidentiel compte désormais montrer à son tour sa capacité de mobilisation, avec une manifestation des «patriotes» la semaine prochaine à Abidjan. Prévue au départ pour dénoncer une CEI trop «politique», elle pourrait se convertir en rassemblement de soutien à M. Gbagbo.

L'épreuve de force va surtout reprendre dès que sera relancé le processus devant conduire au scrutin, désormais attendu d'ici juin.

«La vraie bataille doit encore commencer, celle de la liste électorale», avance un diplomate occidental.

Les pro-Gbagbo ont d'ailleurs recommencé à donner de la voix, exigeant une liste «nettoyée» des «fraudeurs» à la nationalité, une question toujours explosive.

Et opposition comme FN s'attendent à ce que la réunification du pays soit remise à l'ordre du jour. Pour l'heure essentiellement symbolique, elle est censée être bouclée deux mois avant l'élection.

Les violences récentes dans le nord, qui ont parfois visé des proches du chef de l'Etat, «posent plus que jamais le problème de la réunification», prévient un proche de M. Gbagbo. «C'est ce qui sera notre combat à partir de maintenant».