La justice ivoirienne a donné raison vendredi au président Laurent Gbagbo en concluant à des «fraudes manifestes» dans la confection de la liste électorale, tandis que des procès pour radiation de cette liste d'étrangers présumés ont suscité des tensions dans le pays.

Christophe Koffi AGENCE FRANCE-PRESSE

Depuis Ouagadougou, le premier ministre Guillaume Soro, chef de l'ex-rébellion des Forces nouvelles (FN), a lancé un «appel au calme» et sollicité l'aide du président burkinabè Blaise Compaoré, «facilitateur» de l'accord de paix signé en 2007.

Il a promis des «solutions» pour «relancer» le processus électoral en vue du scrutin présidentiel, reporté depuis 2005 et censé clore la crise née du coup d'État manqué de 2002.

Ce processus est bouleversé depuis un mois par une polémique autour de la Commission électorale indépendante (CEI).

Ouverte mi-janvier sur instruction du ministre de l'Intérieur Désiré Tagro, proche de M. Gbagbo, une enquête, dont les résultats ont été remis aux autorités, montre qu'«il y a eu des fraudes manifestes» dans la confection de la liste des votants, a déclaré à l'AFP une source judiciaire.

L'enquête va dans le sens du chef de l'État, qui le 9 janvier avait ouvert les hostilités en accusant la CEI de «fraude» pour avoir, en dehors des procédures normales, créé un fichier de «429 000 personnes à intégrer d'office à la liste électorale définitive».

Depuis lors, le camp Gbagbo n'a eu de cesse de réclamer la démission du patron de la CEI, Robert Beugré Mambé, qui appartient à l'opposition.

M. Mambé a de nouveau récusé toute fraude, «matériellement et techniquement pas possible».

Le fait que le fichier litigieux -un document interne de travail, selon lui- se soit retrouvé dans les antennes locales de sa structure est dû à «un dysfonctionnement» qui n'a eu «aucun impact» sur la liste, a-t-il assuré.

«Je ne démissionne pas», a-t-il lancé à l'adresse de ses adversaires.

En réplique au camp Gbagbo, l'opposition exige le départ du ministre de l'Intérieur, accusé d'«intrusion» pour avoir cherché à reprendre en main le processus électoral, ce qu'il dément.

Elle accuse aussi le parti présidentiel de pousser les tribunaux à «opérer des radiations arbitraires, partisanes et illégales» sur la liste électorale, et a appelé ses militants à les en empêcher.

Dans l'intérieur du pays, le climat s'est d'ailleurs nettement détérioré au cours des derniers jours. Une série d'incidents ont éclaté autour de procès pour radiation de présumés étrangers de la liste, la question de la nationalité restant au coeur de la crise de 2002.

Vendredi à Man, ville de l'ouest du pays, le tribunal a été saccagé par des manifestants, ont rapporté des témoins.

Le procès qui devait avoir lieu concernait «152 personnes qui devaient passer en audience de radiation» pour fraude à la nationalité, a expliqué Maméry Soumahoro, une personnalité de la société civile locale.

Au cours de la semaine, Man avait déjà été le théâtre de tensions, ainsi que Katiola, localité située au centre du pays, et surtout Divo, ville du centre-ouest, où de violentes échauffourées entre manifestants et forces de l'ordre ont fait plusieurs blessés.

La tourmente récente a rejeté dans l'ombre la question du calendrier électoral.

Le scrutin reste officiellement prévu pour fin février-début mars. Mais, prenant acte des dernières difficultés, le Conseil de sécurité de l'ONU a réclamé la semaine dernière l'organisation de l'élection avant juin.