Des habitants de Mogadiscio fuyaient samedi les quartiers touchés par la contre-offensive lancée la veille par les forces gouvernementales somaliennes contre les insurgés islamistes, par crainte d'une reprise des affrontements qui ont fait au moins 31 morts.

AGENCE FRANCE-PRESSE

«La ville est assez calme ce (samedi) matin et beaucoup de gens fuient pour éviter de nouvelles attaques. Je pense que le gouvernement prévoit de poursuivre l'offensive», a commenté un colonel de police, Mohamed Adan. «Beaucoup d'habitants ont vidé leurs maisons dans le quartier de Wardhigley (dans le sud de la ville) car ils craignent de nouveaux affrontements», a confirmé un habitant, Abdulahi Warsameh.

Les forces gouvernementales ont lancé vendredi une offensive contre les insurgés islamistes qui veulent renverser le président Sharif Cheikh Ahmed.

Elles ont attaqué trois quartiers - Tarbunka, Bakara et Howlwadag - qu'elles avaient perdu dans le sud de Mogadiscio au cours de deux semaines de combats ayant près de 150 morts.

«Le gouvernement a lancé une offensive militaire contre contre ceux qui tuent et forcent les civils à fuir», a déclaré vendredi soir à la presse le ministre de la Défense, Mohamed Abdi Gandi.

«Les opérations ont pour seul but de restaurer la stabilité dans la capitale. Je souhaite que les opérations se terminent bientôt», a-t-il ajouté sans donner davantage de précisions.

Les combats de vendredi ont fait au moins 31 morts, essentiellement des civils pris dans les échanges de tirs, ou tués par des obus de mortiers, selon des témoins. Un journaliste somalien de Radio Shabelle figure parmi les victimes. Selon des sources médicales, 53 personnes ont été admises à l'hôpital Médina de la capitale.

Un porte-parole des insurgés, cheihk Muse Arale, a lui accusé le gouvernement d'être responsable des violences.

«Il prétendaient être un gouvernement mais ils ont échoué (...) Ce sont des fauteurs de troubles et ils n'aiment pas la paix», a-t-il affirmé.

Depuis le 7 mai, les insurgés ont lancé une offensive sans précédent, menée par la milice «Hezb al-Islamiya» du chef islamiste radical cheikh Hassan Dahir Aweys, et par les islamistes radicaux des shebab, pour chasser du pouvoir le président, un islamiste modéré élu en janvier à la tête du pays.

Selon le dernier décompte du Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR), environ 46.000 civils ont été déplacés par cette nouvelle série de combats.

L'Union africaine (UA) a elle accusé vendredi soir l'Erythrée d'être le principal soutien des insurgés et a demandé au Conseil de sécurité de l'ONU de prendre des «mesures immédiates» pour sanctionner Asmara.

L'UÀ «a demandé au Conseil de sécurité de l'ONU de prendre des mesures immédiates y compris l'imposition d'une zone d'exclusion aérienne en Somalie et le blocus des ports et aéroports et de prendre des sanctions contre l'Erythrée», a déclaré la présidente du Conseil de paix et de sécurité de l'UÀ (CPS), Epiphanie Kabushemeye à l'issue d'une réunion du CPS à Addis Abeba.

L'UÀ a déployé à Mogadiscio une force de paix de 4 300 hommes, l'Amisom, qui est régulièrement la cible des insurgés.

Ils exigent son départ, tout comme ils exigeaient auparavant le retrait de l'armée éthiopienne, intervenue militairement de fin 2006 à début 2009 pour soutenir le gouvernement de transition somalien.

L'Ethiopie et l'Erythrée entretiennent des relations détestables depuis qu'une guerre frontalière a opposé les deux pays de 1998 à 2000 et leurs gouvernements s'accusent mutuellement de déstabiliser la Somalie, en guerre civile depuis 1991.