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Le génocide rwandais: des tueurs courent toujours

Le président du Rwanda, Paul Kagame, et son... (Photo: Reuters)

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Le président du Rwanda, Paul Kagame, et son épouse, Jeanette Kagame, déposent une couronne de fleurs au mémorial élevé à Kigali à la mémoire des vitcimes du génocide de 1994.

Photo: Reuters

(Paris) Quinze ans après les faits, nombre d'acteurs importants du génocide rwandais continuent de vivre en liberté, parfois au vu et au su des autorités des pays où ils ont trouvé refuge.

Alors que le Rwanda commémorait hier le massacre de centaines de milliers de Tutsis, plusieurs organisations des droits de l'homme ont déploré l'inertie judiciaire de certains États occidentaux face aux auteurs des exactions.

 

La France, qui a soutenu pendant des années le régime hutu ayant orchestré le génocide, est particulièrement montrée du doigt.

Le pays n'a toujours pas intenté de procès contre les présumés génocidaires vivant sur son territoire, même si certaines plaintes émanant de groupes de victimes sont vieilles de plus de 10 ans.

«La France a un discours vertueux et une pratique à l'inverse de ce discours. C'est scandaleux», dit Patrick Baudouin, président d'honneur de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH).

Le meilleur exemple, dit-il, est le dossier de Wenceslas Munyeshyaka, prêtre d'origine rwandaise établi dans le nord du pays qui fait l'objet d'une plainte vieille de près de 15 ans. Il est soupçonné d'avoir joué un rôle important dans les tueries.

«La Cour européenne des droits de l'homme a condamné la France en 2004 parce que la cause n'a pas été traitée dans un délai raisonnable. Les choses n'ont pas avancé depuis. Ça vous donne une bonne idée de la situation», résume Me Baudoin.

Au total, une dizaine de plaintes ciblant des ressortissants rwandais ont été déposées en France sans mener à des procès, souligne le juriste, qui insiste sur les difficultés rencontrées par les juges d'instruction affectés à ces dossiers.

«On ne leur donne pas du tout les moyens nécessaires pour mener leur travail. Pour accumuler des preuves, il faut évidemment, par exemple, qu'ils puissent se rendre à Kigali, mais ils n'ont pas d'argent pour le faire», souligne l'avocat.

Dans une lettre ouverte parue lundi dans le quotidien Libération, le journaliste Jean-François Dupaquier, qui a écrit plusieurs livres sur le génocide, note que les juges d'instruction sont accablés d'autres affaires «plus urgentes» « qui les empêchent de travailler véritablement sur le dossier rwandais.

Certains accusés, convaincus qu'il ne leur arrivera rien, «se croient tout permis, multipliant colloques et déclarations où ils affichent un insolent révisionnisme», indique l'auteur, qui presse le président français Nicolas Sarkozy «d'en finir avec la palinodie judiciaire» entourant la question rwandaise.

Trop rares procès

Selon Me Baudoin, l'attitude des autorités françaises s'explique largement par des considérations politiques.

Paris, dit-il, craint que le procès de certains présumés génocidaires mette en relief les liens troubles qu'entretenait l'armée française avec le régime hutu de Juvenal Habyarimana, à l'origine du plan d'extermination des Tutsis.

À l'inverse, une procédure du juge Jean-Louis Bruguière, qui a mené à l'émission d'un mandat d'arrêt contre neuf hauts responsables du régime rwandais mis en cause dans l'attentat contre l'ex-président, a été facilitée par les autorités. Elle est aujourd'hui freinée à son tour parce que Paris cherche à se rapprocher de Kigali, souligne le président d'honneur de la FIDH.

La France n'est pas le seul pays à «traîner les pieds» dans ce dossier puisque seule une poignée de pays occidentaux ont organisé au cours des dernières années des procès pour crimes contre l'humanité contre de présumés génocidaires vivant sur leur territoire.

La Belgique a ouvert la voie dans le domaine, acceptant même de traiter des dossiers où ni les victimes ni les responsables ne se trouvaient dans le pays. Le Canada a timidement emboîté le pas en 2007 en lançant un procès pour crimes contre l'humanité contre un présumé participant au génocide.

Les associations de victimes insistent qu'il ne peut y avoir de réconciliation si les responsables des exactions ne sont pas jugés.

«Quinze ans, c'est bien peu... mais c'est déjà trop long pour celles et ceux qui ont été privés de la présence et de l'amour des leurs et qui attendent la justice, la vérité et la réparation», souligne l'association de mémoire rwandaise Ibuka.

 




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