Amnesty international a affirmé mercredi qu'une traque de présumés «sorciers» avait été menée durant plusieurs jours en Gambie, avec le soutien du gouvernement, durant laquelle plus d'un millier de personnes auraient été enlevées pour être traitées de force par des guérisseurs.

AGENCE FRANCE-PRESSE

Dans un rapport publié mercredi, l'organisation de défense des droits de l'Homme affirme que plus de 1000 personnes «ont été enlevées de leurs villages par de présumés guérisseurs de sorciers, détenues dans des lieux secrets et forcées de boire des breuvages hallucinogènes».

Ces guérisseurs prétendent reconnaître les sorciers et pouvoir les guérir durant des cures forcées, en leur administrant des décoctions d'herbes.

«D'après ce que nous savons, il s'agit plutôt d'une campagne d'humiliation, durant laquelle des gens boivent des ingurgitent des breuvages et disent toutes sortes de choses délirantes, sont retenus pendant plusieurs jours puis renvoyés dans leurs villages» a déclaré une enquêtrice d'Ammesty, Tania Bernath, interrogé au téléphone par l'AFP à Londres depuis Dakar.

Mme Bernath a ajouté que ces «witch-doctors» (guérisseurs de sorciers) étaient apparemment entrés dans les villages escortés par des policiers ou des agents de renseignement et avaient enlevé des gens au hasard, en se disant envoyés par le président Jahya Jammeh.

Selon Amnesty, l'administration des breuvages hallucinogènes a parfois provoqué de graves problèmes rénaux, et au moins deux personnes sont décédées après ces rituels.

«J'ai été pris par ces prétendus guérisseurs de sorciers jeudi 12 mars, retenu pendant trois jours puis libéré» a raconté anonymement par téléphone à l'AFP une des victimes. «Nous avons été forcés de boire des breuvages. Ensuite, nous avons eu pour la plupart des hallucinations, nous avons uriné et déféqué sur nous», a-t-elle ajouté.

La Gambie, ex-colonie britannique, enclavée dans le Sénégal, est dirigée depuis 1994 par Yahya Jammeh.

Selon Amnesty, les prétendus guérisseurs de sorciers auraient été invités dans le pays après le décès de la tante du président, imputé à la sorcellerie.

Le chef de l'Etat a lui-même prétendu avoir des dons de guérisseur et affirmé en 2007 pouvoir soigner des personnes infectées par le sida «en quelques jours» avec un traitement à base de plantes et de versets du Coran.

Avant de s'en prendre aux sorciers, il avait publiquement menacé l'an dernier de «couper la tête» aux homosexuels s'ils ne quittaient pas la Gambie.

Amnesty a appelé le gouvernement gambien «à stopper immédiatement cette campagne, enquêter sur les incidents et poursuivre en justice les responsables».

Selon l'organisation et des observateurs locaux, de nombreux villageois se sont enfuis vers des zones urbaines ou vers le Sénégal voisin pour échapper aux rafles.

L'arrestation le 8 mars du chef de l'opposition en Gambie, Halifa Sallah, est liée à cette étrange chasse aux sorciers, ajoute Amnesty. M. Sallah a été arrêté après avoir visité un village dans l'ouest de la Gambie, où il était allé parler avec des habitants de la chasse aux sorciers en cours.

Des sources policières ont indiqué à l'AFP que 213 personnes avaient été arrêtées pour avoir critiqué cette campagne.