Le gouvernement d'union du Zimbabwe a tenu mardi son premier Conseil des ministres, alors qu'un membre désigné de la nouvelle coalition, l'ex-fermier blanc Roy Bennett, formellement accusé d'«intentions terroristes, comparaissait devant la justice zimbabwéenne.

Mis à jour le 17 févr. 2009
AGENCE FRANCE-PRESSE

Les ministres se sont réunis pendant environ deux heures dans un bâtiment officiel du centre de Harare, en présence de l'octogénaire président Robert Mugabe - qui dirige le pays d'une main de fer depuis l'indépendance en 1980 - et de son ancien rival et nouveau Premier ministre Morgan Tsvangirai.

Il s'agissait de la première rencontre de travail des responsables, issus de l'Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (Zanu-PF) de M. Mugabe et du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) de M. Tsvangirai, depuis leur prestation de serment vendredi.

La formation de ce gouvernement d'union vise à sortir le Zimbabwe de près d'un an de paralysie politique, née de la défaite historique du régime aux élections générales du 29 mars.

Elle a également pour objectif de lutter contre le marasme de l'économie et une crise humanitaire sans précédent, qui se caractérise notamment par une épidémie de choléra ayant fait plus de 3.500 morts depuis août.

La capacité de travailler ensemble de la nouvelle équipe fait l'objet de nombreuses interrogations, compte-tenu de leur histoire conflictuelle, faite d'altercations, d'attaques verbales et de répression envers le MDC.

Ces doutes ont été de nouveau nourris par l'inculpation formelle mardi du trésorier du MDC, Roy Bennett, arrêté quatre jours plus tôt bien qu'il ait été désigné par son parti pour devenir le vice-ministre de l'Agriculture.

L'ancien fermier blanc, 52 ans, a comparu mardi devant le tribunal de Mutare (270 km à l'est de Harare), où il a été inculpé de «possession illégale d'armes à feu dans le but de commettre des actes de banditisme, terrorisme et insurrection».

L'accusation est liée à la découverte d'armes en 2006 au domicile d'un ancien policier blanc, Peter Michael Hischmann, qui avait désigné Roy Bennett comme le propriétaire de ces armes.

M. Hischmann avait été condamné pour détention illégale d'armes et se trouve toujours en détention, mais il avait été exonéré d'une accusation de complot contre le président Robert Mugabe.

Roy Bennett, qui avait déjà passé huit mois en détention pour une altercation avec un ministre, s'était enfui en Afrique du Sud, dont il n'est rentré qu'en janvier. Les charges à son encontre n'avaient jamais été levées.

Depuis son arrestation vendredi, la police avait évoqué quatre chefs d'inculpation possibles, dont la trahison, une charge passible de la peine de mort.

Pour le MDC, ces hésitations prouvent que le dossier est vide. «Les chefs d'inculpation sont scandaleux et politiquement motivés», a estimé le parti dans un communiqué, en demandant la libération immédiate de son trésorier.

Ancien propriétaire d'une plantation de café extrêmement rentable, Roy Bennett, député du MDC depuis 2000, a été expulsé en 2003 de son exploitation dans le cadre d'une réforme foncière controversée.

Comme lui, plus de 4.000 fermiers blancs avaient dû quitter leurs terres, qui avaient été redistribuées à de petits paysans sans qualification ou à des proches du régime.

Ces derniers n'ont pas su ou pas pu maintenir la production et sept millions de Zimbabwéens, soit plus de la moitié de la population dépendent aujourd'hui d'une aide alimentaire.

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