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De Val-d'Or à Mana

Le restaurant Chez Rosalie est très couru par... (Photo: Azize Bamogo, collaboration spéciale)

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Le restaurant Chez Rosalie est très couru par les Québécois travaillant à la mine Sémafo de Mana.

Photo: Azize Bamogo, collaboration spéciale

Réjean Tremblay
La Presse

(Mana, Burkina Faso) Dans le second volet de sa série sur le Burkina Faso, notre journaliste Réjean Tremblay raconte l'inauguration d'une mine d'or à Mana. À l'origine de ce projet porteur d'espoir : des ingénieurs et des travailleurs de l'Abitibi. Ces «expats», comme on les appelle, vivent des choses exceptionnelles. Tout comme les coopérants canadiens qui multiplient les efforts pour sauver ce pays, l'un des plus pauvres de la planète.

Le 30 juin, on est en pleine saison des pluies. Et elle tombait, chaude, lourde, sur le site de l'usine Semafo à Mana, à quatre heures de route de Ouagadougou. Deux heures sur l'asphalte à passer des villages de huttes de paille et de cases de briques rouges. Puis, deux heures d'un véritable rallye sur un sentier de terre rouge complètement ravagé par les pluies et inondé par les ruisseaux de génération spontanée gonflés par l'eau.

>> Voyez les photos de Réjean Tremblay au Burkina Faso.

La cérémonie d'ouverture de la mine d'or de Mana, des investissements de 120 millions, était prévue à 10h.

Mais on est en Afrique, dans un pays qui se classe au troisième rang des plus pauvres de la planète. À 10h, les habitants des villages environnants, parés de leurs plus beaux atours, étaient parqués sous les gradins temporaires, où ils tentaient de se protéger de cette pluie qu'ils espèrent tant le reste de l'année.

Dans la cafétéria de l'entreprise québécoise, on passait du plan À au plan B jusqu'au plan Z. Le premier ministre attendait dans son 4X4 de fonction, et le service du rigide protocole burkinabé était en mode panique. Vers 11h30, on venait de monter des tables dans la cafétéria pour y tenir la cérémonie quand la pluie a cessé. Comme ça, sans avertissement. On devait revenir au plan A.

Et j'étais là, dans les gradins d'honneur, écoutant des discours d'un lyrisme poignant, que les orateurs allaient prononcer en pataugeant dans la boue rouge pour se rendre au lutrin. Quand Benoît La Salle, le rêveur qui a lancé le projet il y a 10 ans, s'est adressé aux ouvriers dans le dialecte de la région, on a senti sa gorge se serrer.

Les «expatriés», ces bâtisseurs de mines québécois, avaient la tête pleine d'histoires, eux aussi...

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«L'Abitibi est le plus grand exportateur d'ingénieurs et d'opérateurs miniers au monde», me dit Léandre Gervais, vice-président de Genivar, la compagnie qui a construit la mine de Mana, clés en main, en 14 mois. Il est de Val-d'Or et a fait le voyage au Burkina Faso pour cette cérémonie.

On les appelle les «expatriés» ou, dans la conversation courante, les «expats». Ce sont des ingénieurs ou des opérateurs spécialisés. Ils travaillent pour Semafo ou Genivar. Certains font l'aller-retour Québec-Burnika Faso au rythme de 36 jours de travail et 27 jours de congé. D'autres préfèrent faire venir femme et enfants et vivent à Ouagadougou. Ils passent cinq jours à la mine et reviennent dans la capitale pour les week-ends.

Ce sont des nomades dans l'âme. Daniel Careau, grand patron de la mine du Liptako, au Niger, est passé par la Tunisie, le Grand Nord et le Mexique avant d'aboutir au Niger pour Semafo.

Pierre Carange, celui qui a aménagé Mana en 14 mois, a passé par l'Algérie et l'Arabie Saoudite, notamment. Et maintenant que le contrat de Mana est terminé, il reçoit déjà des offres pour retourner dans le pétrole ou le gaz.

Ils vendent leurs compétences pour l'argent, bien entendu, puisqu'ils gagnent facilement deux ou trois fois le salaire qu'ils recevraient au Québec. Mais ils ont tellement goûté à l'aventure qu'ils reconnaissent tous, tant MM. Careau et Carange que tous ceux à qui j'ai parlé, qu'ils étoufferaient s'ils devaient travailler dans les contraintes canadiennes.

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Quelques minutes avant les cérémonies officielles, le maire de Bana, la communauté qui regroupe les villages entourant Mana, a serré chaleureusement la main de Pierre Carange. Les deux hommes étaient très émus.

C'est que Carange, quand il est arrivé sur les lieux, a trouvé des champs et des villages de huttes. Pas d'électricité, pas d'eau potable. Rien. Des petits enfants qui courent, affamés, en attendant un bol de farine de mil. Des femmes qui marchent trois ou quatre kilomètres pour rapporter une eau boueuse puisée dans un étang.

«J'ai passé des mois à parcourir tous les villages avec Omar Traoré, un sociologue burkinabè. On s'assoyait avec les chefs du village et les principaux leaders autour d'un grand arbre, qu'ils appellent l'arbre du palabre. Ça durait trois ou quatre heures. Quand le ton montait, on mettait fin aux discussions et on recommençait le lendemain. J'ai gagné leur confiance à force de les écouter et de leur montrer du respect. Il fallait les convaincre d'abandonner deux de leurs villages et de déménager dans des constructions de la compagnie. Ils avaient déjà été floués par des compagnies, ils étaient réticents», raconte Carange.

Il a fait construire deux villages en respectant l'architecture et la culture burkinabè. Sauf qu'il y avait un puits et une pompe dans le village. Et que les «maisons» étaient installées sur une dalle de béton au lieu de la terre argileuse.

Mais ça a fonctionné. On a embauché les hommes des villages, ils ont commencé à ramener des salaires dans la communauté. Et une première retombée économique est maintenant visible. Ça s'appelle Chez Rosalie, une buvette tenue par une Burkinabè qui vend de la bière maison et aussi de la bière plus «officielle».

Mais surtout, la compagnie fournit les patates et Rosalie sert maintenant aux ouvriers et aux expatriés de splendides frites dorées qu'ils arrosent de ketchup.

Qui dit aventure dit aventures. Ainsi, Daniel Careau a été séquestré pendant 24 heures à la mine au Niger par des ouvriers en colère. Ça se passait quatre jours avant Noël.

Et puis, de nombreux expats n'ont pas résisté à la beauté des femmes burkinabè. Ils reviennent à la maison pour leurs 27 jours de congé tout en prenant soin de leur «bureau», comme ils appellent la maîtresse qui attend à Mana ou à Ouagadougou.

Parfois, ça se passe bien. Parfois, comme l'an dernier au Niger, à l'aéroport de Niébé, c'est plus dramatique.

Un expat venait d'expliquer à sa concubine nigérienne qu'il quittait le pays pour de bon et qu'il ne la reverrait plus. Elle s'est rendue à l'aéroport pour un dernier adieu. Fâchée, elle lui a donné une taloche. Elle cachait trois lames de rasoir dans sa main. L'expat n'a pas pris l'avion. C'est à l'hôpital qu'il s'est retrouvé.

L'aventure... c'est l'aventure!

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Pire qu'à la télé

Toutes ces images que vous voyez dans les infopubs de Vision mondiale, elles sont pires dans la réalité.

Les enfants nu-pieds, certains au ventre gonflé par la malnutrition, ils se tiennent le long de la route, espérant qu'une voiture s'arrête. Pour acheter un citron qu'ils ont à vendre.

Ces cases en paille, elles sont réelles. Ces six ou huit enfants dans la cabane de terre séchée, ils sont vivants. Et affamés. C'est tellement pauvre, c'est tellement démuni qu'on se dit que 1000 ans ne suffiraient pas. Même avec cette fierté burkinabè que la faim et la misère ne peuvent faire ployer.

J'étais dans ma chambre du Splendid Hotel en train d'écrire ces articles quand le téléphone a sonné. C'était un interurbain de Bougnono, à cinq heures de Ouagadougou. D'une coopérante, France Bernier. Elle avait lu dans l'Express du Burkina qu'un journaliste québécois avait rencontré ses confrères. Elle s'est dit qu'elle me trouverait peut-être au Splendid et elle a pris le risque de dépenser quelques francs CFA.

Elle m'a parlé, vite, de tout ce qu'il y a à faire. Des conditions de travail de plus en plus difficiles des coopérants. Elle gagne 850$ par mois, mais elle doit payer son téléphone et son électricité, et elle va s'acheter une mobylette qui va lui coûter 100$ par mois pour aller aider les gens des villages. Elle m'a parlé de tous ces enfants qu'elle tente d'aider et d'éduquer, qui doivent dormir dans la rue. Dans la rue. Elle m'a demandé de dire aux lecteurs de La Presse que la situation est désespérée et que les fonctionnaires ne s'en rendent pas compte.

Elle parlait et c'était son coeur qu'elle ouvrait.

Pendant ce temps, son mari, Roger Clavet, ancien député du Bloc et coopérant lui aussi, est à Kinshasa, au Congo, pour essayer de former des journalistes qui, peut-être, pourront informer les gens dans le pays où on tue les enfants «sorciers» et où la dernière guerre a fait entre deux et cinq millions de morts.

C'était le 1er juillet. Le soir même, j'allais pouvoir demander au chef de mission, Jules Savaria, si c'était vrai que le gouvernement Harper voulait fermer les ambassades du Canada dans les pays d'Afrique qui sont trop pauvres... Il m'a dit que ce n'est pas le cas, que lui-même attend la confirmation de sa nomination au poste d'ambassadeur du Canada d'ici quelques semaines.

Ce que j'ai aussi compris, c'est que plus un pays est pauvre, moins le gouvernement Harper donne de moyens aux ambassades qui y sont implantées. Le cash ne suit pas le coeur.

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Six Guinéens...québécois

Ilsemble avoir 30 ans. Grand et bien bâti. Discret. Mais son visage s'éclaire d'un grand sourire quand on parle de Pierre Lambert, de Guy Carbonneau et de Stéphane Rousseau. Mamoudou Diallo a étudié à l'école des HEC de 1989 à 1994 pour en ressortir avec une maîtrise en finances. Il est le directeur général de Semafo en Guinée. Économisant jusqu'à la dernière cenne, travaillant les week-ends, il vivait dans une chambre modeste, étudiant et regardant la télé pour apprendre. Il peut discuter de la Révolution tranquille et de l'importance vitale de l'hydro-électricité pour le Québec. Il rêve de contribuer à un développement semblable en Guinée, son pays. Mais attendez! Cinq de ses frères et soeurs étudient au Québec. Il a ouvert la voie et ils suivent. Cherif est à Laval, Aïssatou, Mamadou Beinté et Hawaou Diallo sont à Montréal. Un des quatre va entreprendre sa médecine à Sherbrooke cet automne. Il reste Mamadou Moudjitaba Diallo, qui se dirige vers le New Jersey pour une spécialisation quelconque. Mamoudou espère que ses frères et soeurs reviendront au pays pour aider la Guinée à émerger de la pauvreté... presque absolue.

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La petite séduction

On avait organisé une visite d'un village pour un groupe de Québécois. Tous avaient été prévenus. On ne donne rien individuellement pour ne pas créer d'injustices. Les sacs de fruits séchés et de noix devaient être remis au chef du village, qui allait faire la redistribution. Quant aux ballons de soccer, même procédé. Ils sont arrivés dans un village en fête. Tous avaient revêtu leurs plus beaux costumes et attendaient depuis des heures que les deux voitures arrivent. C'était la première fois que les enfants voyaient des Blancs puisque le village ne reçoit pas les journaux et que, sans électricité, on n'a pas la télé. On aurait dit La petite séduction. Danses, discours, fêtes et quatre ou cinq poules vivantes données en cadeau aux visiteurs... Tous avaient les larmes aux yeux devant tant de générosité.

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Livres et stylos

On manque cruellement de livres et de stylos au Burkina Faso. Les gens qui veulent en donner peuvent écrire à Chantale Guérin à cguerin@ semafo.com. On prévoit un envoi en septembre.




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