(Montréal) L’alerte à la bombe à l’origine du déroutage d’un avion Ryanair en mai dernier vers la Biélorussie, qui avait conduit à l’arrestation d’un journaliste d’opposition, était « délibérément fausse », a conclu une agence des Nations unies qui n’a pas pu identifier les responsables, mais a souligné les zones d’ombre des explications des Bélarusses.

Publié le 27 janvier
Agence France-Presse

Le 23 mai 2021, le vol Ryanair FR4978 reliant la Grèce à la Lituanie avait été contraint d’atterrir à Minsk et les autorités biélorusses avaient arrêté un journaliste dissident, Roman Protassevitch, et sa compagne Sofia Sapega qui se trouvaient à bord.

Huit mois plus tard, l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), dont le siège se trouve à Montréal, a terminé son rapport. Remis la semaine dernière aux 193 pays membres, il sera examiné lundi par les 36 États qui siègent à son conseil.

La Biélorussie dirigée par Alexandre Loukachenko a toujours expliqué que c’était en raison d’une alerte à la bombe que l’avion avait été dérouté vers Minsk.

Le rapport de l’OACI confirme que les fouilles au départ et à l’arrivée ayant été infructueuses, « il est considéré que l’alerte à la bombe était délibérément fausse ». Mais l’agence « n’a pas été en mesure d’attribuer la commission de cet acte d’intervention illicite à un individu ou à un État ».

Toutefois, le document qui décortique cette journée minute par minute montre que la Biélorussie a caché certaines informations cruciales pour l’enquête et n’a pas été en mesure d’expliquer certaines incohérences.

Concernant le courriel contenant l’alerte à la bombe, l’agence note que les horaires fournis par les autorités biélorusses sont incorrects.

Les échanges, rapportés par l’OACI, entre la tour de contrôle de Minsk et les pilotes de l’avion montrent l’incompréhension de l’équipage et leur doute quant au respect des procédures devant les réponses évasives de l’aéroport biélorusse.

Le rapport précise également qu’en dépit de la présence supposée d’explosifs dans l’appareil, il a fallu 30 minutes pour débarquer les passagers et que le pilote a été autorisé à rester à bord. Et qu’ensuite, la recherche de la bombe présumée à l’intérieur de l’avion a été superficielle et n’a duré que 18 minutes.

« Ce rapport met en lumière toutes les incohérences dans la version biélorusse des faits », a estimé le ministère français des Affaires étrangères. « Il en résulte que le régime biélorusse a orchestré le détournement d’un avion civil dans le seul but d’arrêter un journaliste d’opposition, Roman Protassevitch. »

La justice américaine a inculpé la semaine dernière des responsables gouvernementaux biélorusses accusés de ce déroutage, une décision judiciaire sans précédent en pleine tension entre les États-Unis et la Russie, alliée de la Biélorussie.

En juin dernier, l’Union européenne, les États-Unis, le Royaume-Uni et le Canada s’étaient coordonnés pour mettre la pression sur le président Loukachenko avec des sanctions individuelles et des sanctions économiques.