Le terroriste norvégien demande sa libération anticipée après 10 ans de réclusion. Ses chances de sortie seraient à peu près nulles…

Publié le 19 janvier
Jean-Christophe Laurence
Jean-Christophe Laurence La Presse

Faut-il libérer sur parole un individu qui a tué 77 personnes, dont 69 de sang-froid ? Anders Breivik constitue-t-il encore une menace pour la société ?

C’est la question que devra se poser la justice norvégienne, au terme d’une audience qui a débuté mardi devant trois juges dans le gymnase de la prison de Skien. Mais pour l’instant, rien n’indique que le terroriste ait renoncé à ses convictions néonazies, au contraire.

Breivik est apparu, crâne rasé et collier de barbe, en effectuant un salut nazi dès son arrivée sur les lieux, comme à chacune de ses apparitions en cour depuis 2012.

Il avait aussi épinglé un message ultranationaliste sur son veston, qu’il s’est empressé d’exposer devant les caméras, avant de se présenter comme le leader du mouvement néonazi norvégien.

Ces actions laissent croire à la plupart des observateurs que l’apparition en cour de Breivik sera surtout un prétexte pour diffuser ses idées radicales, plutôt qu’une véritable demande de libération anticipée.

En ce qui me concerne, ce n’est pour lui qu’une plateforme pour propager sa vision déformée du monde.

Shoaib Sultan, membre du Parti vert norvégien et analyste bien connu de l’extrême droite norvégienne

Plusieurs médias norvégiens se sont d’ailleurs interdit de diffuser les photos ou les déclarations du terroriste, afin de ne pas propager son message de haine, souligne Shoaib Sultan.

L’audience doit durer trois jours, au cours desquels comparaîtront un de ses surveillants, un expert en psychiatrie et un porte-parole du mouvement néonazi Résistance nordique, Pär Öberg.

La décision définitive n’est pas attendue avant quelques semaines, mais selon la plupart des observateurs, il est hautement improbable que ce tueur de masse obtienne sa libération conditionnelle, même s’il affirme « sur l’honneur » qu’il n’entretient plus de desseins violents.

« Les psychiatres disent qu’il ne montre aucun remords, voire aucune compréhension de ce qu’il a fait. Ses chances de sortir sont donc de zéro », tranche tout simplement Shoaib Sultan.

Un débat sur la perpétuité

Anders Breivik, 42 ans, purge une peine maximale de 21 ans, qui peut être prolongée indéfiniment si la loi norvégienne estime qu’il constitue une menace pour la société.

Il était cependant en droit de demander la libération après 10 ans, d’où l’audience.

Le terroriste avait été condamné en 2012 pour son carnage du 2 juillet 2011 dans l’île d’Utøya, près d’Oslo, alors qu’il avait assassiné par balle 69 militants des jeunesses travaillistes qui s’étaient réunis pour repenser le monde. Huit autres personnes étaient mortes au centre-ville d’Oslo, où Breivik avait fait exploser une bombe.

Au cours de son procès, il entrait chaque jour dans la salle d’audience en saluant le poing fermé et en affirmant qu’il aurait aimé avoir tué plus de gens. Il a tenté de créer un parti fasciste en prison et a contacté par courrier des extrémistes de droite en Europe et aux États-Unis. Il a régulièrement fait le salut nazi lors de ses apparitions subséquentes.

Pour certains proches des victimes et survivants du massacre, cette nouvelle comparution de Breivik devrait surtout servir de matière à réflexion sur le concept de prison à vie, inexistant en Norvège.

Dans une interview au quotidien norvégien Dagbladet, relayée mardi par le Courrier international, Tarjei Jensen Bech, blessé lors de cette journée tragique, exprime ainsi un sentiment partagé par d’autres : « Nous devons respecter les droits de la personne en Norvège. Mais j’aimerais bien qu’on débatte de la détention à perpétuité. »

Le jeune homme de 29 ans, aujourd’hui élu travailliste, ajoute que la peine de Breivik « n’est pas réellement à perpétuité, puisqu’on étudie déjà la question d’une libération anticipée ».

Shoaib Sultan « soupçonne » d’ailleurs que Breivik renouvellera cette demande « tous les deux ou trois ans », puisque c’est légalement son droit, une possibilité du reste évoquée par l’avocat du prisonnier.

C’est la première fois que Breivik est entendu depuis 2017, quand il avait comparu pour protester contre ses mauvaises conditions de détention à la prison de Skien.

Breivik vit en isolement quasi total dans une cellule de trois pièces avec lumière du jour, télévision, toilettes, douche, réfrigérateur, ordinateur, machines de conditionnement physique, chaîne stéréo et console de jeu, une approche typiquement norvégienne de l’univers carcéral.

Sans surprise, sa plainte avait été déboutée par un tribunal inférieur et son appel, rejeté par la Cour européenne des droits de la personne.

Avec Associated Press et le Courrier international