(Paris) Le bilan de la pandémie de COVID-19 aurait-il pu être moins lourd avec d’autres décisions ? Partout dans le monde, des dirigeants sont mis en cause pour leur gestion de la crise sanitaire.

Publié le 1er nov. 2021
Agence France-Presse

France : ex-ministre de la Santé mise en examen

En France, troisième pays le plus endeuillé d’Europe (plus de 117 000 morts), l’ex-ministre de la Santé Agnès Buzyn, démissionnaire en février 2020, a été mise en examen en septembre 2021 par la Cour de justice de la République (CJR) pour « mise en danger de la vie d’autrui », en raison de sa gestion de l’épidémie.

Elle a été placée sous le statut plus favorable de témoin assisté pour « abstention volontaire de combattre un sinistre ».

La CJR, seule instance habilitée à juger des membres du gouvernement pour des faits commis dans l’exercice de leurs fonctions, mène également une instruction concernant son successeur Olivier Véran et l’ancien premier ministre Édouard Philippe.

Brésil : enquête parlementaire sur Bolsonaro

Au Brésil, deuxième pays le plus meurtri au monde avec plus de 600 000 morts, une commission d’enquête sénatoriale a demandé l’inculpation du président d’extrême droite Jair Bolsonaro, notamment pour « crime contre l’humanité », l’accusant d’avoir « délibérément exposé » les Brésiliens à « une contamination de masse », avec notamment un discours anticonfinement et des retards dans l’achat de vaccins.

Le président crie à la « mascarade ». Ses soutiens au Parlement devraient lui éviter l’ouverture d’une procédure de destitution, réclamée par plusieurs manifestations.

Royaume-Uni : enquête en 2022

Au Royaume-Uni (plus de 140 000 morts), le premier ministre Boris Johnson a annoncé l’ouverture en 2022 d’une enquête indépendante, réclamée par l’opposition, sur sa gestion très critiquée de la pandémie.  

Mi-octobre, un rapport parlementaire a pointé un confinement tardif et de « grosses erreurs » conduisant à l’« un des plus importants échecs de santé publique » du pays. « Des milliers de morts auraient pu être évitées » si les autorités n’avaient pas d’abord tablé sur une immunité collective.

Trump, président covido-sceptique

L’ancien président américain Donald Trump a été très critiqué pour sa gestion de la pandémie, minimisant sa dangerosité puis moquant les mesures sanitaires pour enrayer sa propagation.

Son gouvernement a stoppé un plan de distribution générale de masques et contraint les autorités sanitaires à édulcorer leurs consignes pour encourager le retour à la normale.  

Les États-Unis ont payé le plus lourd tribut au monde à la pandémie (plus de 740 000 morts).  

Italie : enquête sur un haut responsable de l’OMS

Le parquet de Bergame (Nord), épicentre de la première vague en Italie début 2020, a ouvert une enquête sur une éventuelle mauvaise gestion de la crise, prévue jusqu’en janvier 2022.  

L’Italien Ranieri Guerra, alors l’un des 11 directeurs généraux adjoints de l’Organisation mondiale de la santé, est accusé d’avoir fait enterrer un rapport, dont l’une des conclusions les plus accablantes était que l’Italie disposait d’un plan de préparation aux pandémies obsolète. Or, de 2014 à 2017, M. Guerra était directeur de la prévention au ministère italien de Santé.

M. Guerra affirme que le plan « avait été jugé encore valide en 2016 » et qu’il avait « laissé une note pour qu’il soit mis à jour ». Le parquet le soupçonne de faux témoignage.

Autriche : procès après un cluster

En septembre, a débuté à Vienne le premier procès d’une série intentée par des familles endeuillées dans les Alpes autrichiennes au début de la pandémie, afin de savoir si les autorités auraient pu éviter la formation d’un cluster responsable de 32 décès, selon une association qui regroupe les procédures.  

Plus de 6000 personnes originaires de 45 pays affirment qu’elles ou leurs proches ont été contaminés dans la station d’Ischgl ou les environs en raison de négligences et d’une gestion chaotique.  

Inde : vague féroce

En avril-mai 2021, l’Inde a connu une féroce vague épidémique, avec des pics d’environ 400 000 contaminations et 4000 décès quotidiens, et des malades agonisant aux portes d’hôpitaux saturés, à court d’oxygène et de fournitures médicales essentielles.

La gestion du gouvernement central a été très critiquée, y compris devant les tribunaux.  

Une commission établie par le gouvernement régional de Delhi doit remettre un rapport sur les décès consécutifs aux pénuries d’oxygène.  

Plusieurs responsables du parti du premier ministre Narendra Modi et de l’opposition risquent un procès, accusés d’avoir indûment stocké des médicaments.