(Taipei) En déployant un nombre record de vols militaires autour de Taïwan au cours de la dernière semaine, la Chine démontre une intensité accrue dans ses méthodes de harcèlement envers l’île qu’elle revendique comme faisant partie de son territoire.

Huizhong Wu et David Rising Associated Press

L’Armée populaire de libération de la Chine a envoyé 56 avions militaires dans l’espace aérien international à proximité de la côte sud-ouest de Taïwan, lundi, établissant un nouveau record. En quatre jours, ce sont 149 vols du genre qui ont été recensés.

Ces gestes surviennent au moment où la Chine fait face à une résistance plus ferme de ses États voisins en raison de sa puissance diplomatique et militaire en croissance. Taïwan a d’ailleurs appelé la communauté internationale à lui accorder plus de reconnaissance et de soutien.

PHOTO AGENCE CHINE NOUVELLE, VIA ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

L’Armée populaire de libération de la Chine a envoyé 56 avions militaires dans l’espace aérien international à proximité de la côte sud-ouest de Taïwan, lundi, établissant un nouveau record. En quatre jours, ce sont 149 vols du genre qui ont été recensés. Ci-haut des avions de chasse J-16 au décollage.

Les États-Unis ont qualifié les récentes interventions militaires chinoises de « risquées » et de « déstabilisantes ». Pékin a rétorqué à Washington que la vente d’armes américaines à Taïwan et la présence de ses navires dans le détroit entre la Chine et l’île constituaient de la provocation.

Parallèlement à l’augmentation des vols militaires chinois à Taïwan, les États-Unis ont commencé à intensifier leurs manœuvres navales en collaboration avec leurs alliés de la région indopacifique. Une opération qui défie les autorités chinoises puisque Pékin prétend avoir juridiction sur certaines voies navigables stratégiques.

Le ministre de la Défense de Taïwan, Chiu Kuo-cheng, a déclaré aux élus de l’île mercredi que la situation a atteint son point « le plus grave depuis 40 ans ».

Si la majorité s’accorde pour dire qu’une guerre n’est pas imminente, la présidente de Taïwan, Tsai Ing-wen, prévient que l’enjeu est beaucoup plus grand que le sort de son pays si la Chine en arrive à prendre possession de l’île par la force.

PHOTO AVIATION TAÏWANAISE.

Le Shaanxi KJ-500 est un avion de détection et de commandement de l'armée de l'air chinoise, photographié par un avion de chasse taïwanais lors d'une interception récente.

« Si Taïwan devait tomber, les conséquences seraient catastrophiques pour la paix dans la région et le réseau d’alliances démocratiques », a-t-elle écrit dans une lettre d’opinion publiée mardi dans le magazine Foreign Affairs. « Cela enverrait le signal que dans l’échelle de valeurs mondiales actuelles, l’autoritarisme a le meilleur sur la démocratie », ajoute-t-elle.

La Chine envoie régulièrement des appareils militaires dans la « zone d’identification » de la défense aérienne de Taïwan, un espace aérien international qui sert de zone tampon dans la stratégie aérienne de l’État insulaire. Toutefois, par le passé, les opérations chinoises ne comptaient qu’une poignée d’avions à la fois.

Autre signe encore plus inquiétant, la composition du groupe d’appareils a changé. On voit maintenant des chasseurs accompagnés de bombardiers et même d’aéronefs de détection aérienne avancée, mentionne Euan Graham, analyste militaire à l’Institut international d’études stratégiques de Singapour.

« C’est le niveau de sophistication, qui ressemble à une unité de combat, qui a pour effet de faire monter la pression, observe-t-il. On ne parle plus d’une poignée de chasseurs en reconnaissance qui font demi-tour après avoir mis une aile au-delà de la zone médiane. On parle d’une manœuvre beaucoup plus délibérée. »

Le contrôle de l’espace aérien de Taïwan est un élément clé de la stratégie militaire chinoise. À cela s’ajoutent aussi les secteurs du Pacifique Ouest et du sud de la mer de Chine.

Depuis que Taïwan a commencé à rendre public le nombre d’appareils chinois ayant visité son espace aérien, il y a un peu plus d’un an, ce sont 815 avions qui ont été recensés.

En réaction, l’alliance démocratique en soutien à Taïwan a augmenté ses activités navales dans la région.

Un total de 17 navires appartenant à six États, les États-Unis, le Canada, le Japon, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Nouvelle-Zélande ont mené une opération conjointe au large de l’île d’Okinawa, au nord-est de Taïwan. L’opération comptait notamment trois porte-avions et un porte-hélicoptère.