Des centaines de personnalités internationales — puissants politiciens, milliardaires, chefs religieux, trafiquants de drogue — ont profité des paradis fiscaux pour dissimuler des activités financières depuis 25 ans, selon l’examen de près de 12 millions de documents obtenus de 14 sociétés.

Michael Liedtke et Jonathan Mattise Associated Press

Le rapport a été publié dimanche par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) regroupant 600 journalistes de 150 médias dans 117 pays. Ces documents ont été baptisés « Pandora Papers » (les Papiers de Pandore) parce qu’ils projettent une lumière sur ce qui était dans les ténèbres : les transactions d’une élite et de personnages corrompus ainsi que les comptes créés dans des pays ou territoires à fiscalité avantageuse.

L’ensemble de ces comptes vaut plusieurs trilliards de dollars.

Parmi les plus de 330 personnalités identifiées figurent le roi de Jordanie, Abdallah II, l’ancien premier ministre britannique Tony Blair, le premier ministre tchèque Andrej Babis, le président kenyan Uhuru Kenyatta, le président de l’Équateur Guillermo Lasso, et des proches du premier ministre paskistanais Imran Khan et du président russe Vladimir Poutine.

PHOTO GONZALO FUENTES, ARCHIVES AP

le président kenyan Uhuru Kenyatta

La liste comprend aussi les milliardaires Erman Ilicak et Robert T. Brockman.

Selon Radio-Canada, qui a participé à l’enquête, Jacques Villeneuve, Elvis Stojko, Firoz Patel et Fred Sharp sont des Canadiens cités par les documents.

Ces comptes ont été conçus à des fins d’évasion fiscale ou pour dissimuler des actifs, selon le rapport.

« Ces nouvelles données doivent amener une prise de conscience, a déclaré un député vert du Parlement européen, Sven Giegold. L’évasion fiscale mondiale nourrit l’inégalité mondiale. On doit renforcer des contre-mesures. »

L’organisme Oxfam International a applaudi la publication du rapport pour avoir exposé des exemples criants d’avidité qui privent les pays de revenus fiscaux qui pourraient financer des programmes sociaux.

« C’est là où se sont envolés nos projets d’hôpitaux, a déclaré Oxfam par communiqué. C’est là que s’est envolée l’embauche d’enseignants, de pompiers, de fonctionnaires. Chaque fois qu’un dirigeant politique ou un président d’entreprise dira qu’on n’a pas d’argent pour les changements climatiques, l’innovation, de meilleurs emplois, une relance économique juste ou l’aide aux pays étrangers, ils sauront où regarder. »

Les enquêteurs ont creusé dans les comptes enregistrés dans des paradis fiscaux comme les Îles Vierges britanniques, les Seychelles, Hong Kong et Belize. Mais d’autres comptes secrets ont été retrouvés dans des trusts au Dakota du Sud et en Floride.

Ces révélations ne sont pas reluisantes pour certaines personnalités.

Le roi Abdallah II de Jordanie a créé au moins une trentaine de sociétés-écrans de 1995 à 2017 pour acheter 14 propriétés de luxe valant plus de 106 millions $ aux États-Unis et au Royaume-Uni. Il aurait notamment acquis une résidence de 23 millions $ en Californie par l’entremise d’une société des Îles Vierges britanniques.

Le Palais royal n’a pas réagi à la publication du rapport.

Tony Blair et Cheri Blair sont devenus en 2017 les propriétaires d’un immeuble victorien d’une valeur de 8,8 millions $ en achetant une société enregistrée aux Îles Vierges britanniques. En achetant la fiducie au lieu de l’édifice, le couple a économisé plus de 400 000 $ en impôts fonciers.

Mme Blair a indiqué que son mari ne s’était pas impliqué dans la transaction qui visait à « rapatrier la fiducie et l’édifice dans le régime fiscal britannique ».

Le premier ministre tchèque Andrej Babis a investi 22 millions $ dans des sociétés-écrans qui lui ont permis d’acheter un château à Mongins, en France. Ces sociétés et la propriété ne figurent pas dans la déclaration d’actifs de M. Babis.

PHOTO TIRÉE DU COMPTE FACEBOOK D’ANDREJ BABIŠ, FOURNIE PAR L’ICIJ

Andrej Babiš, premier ministre tchèque, à son château français

« Je m’attendais à quelque chose du genre avant le scrutin afin de me nuire et d’influencer le résultat des élections », a réagi M. Babis.

Les élections législatives tchèques se dérouleront vendredi et samedi prochains.

« Je n’ai rien fait de mal ou d’illégal », a-t-il ajouté.