(Nations unies) Des personnalités, l’ONU et plusieurs pays ont appelé mercredi le Conseil de sécurité à sanctionner davantage les auteurs de violences sexuelles dans les conflits, qui se sont multipliées depuis un an notamment en Éthiopie, en Libye, en République démocratique du Congo et au Darfour.

Philippe RATER
Agence France-Presse

« Le climat d’impunité reste la règle et non l’exception », a déploré, lors d’une session annuelle du Conseil sur le fléau des violences sexuelles lors des conflits, le gynécologue congolais Denis Mukwege. « Tant que ces crimes odieux ne seront pas poursuivis et sanctionnés, ils se poursuivront », a estimé le prix Nobel de la Paix 2018, en réclamant au Conseil de sécurité l’établissement d’« une ligne rouge ».

Rappelant que le dernier rapport onusien sur ce sujet recensait 52 personnes ou entités soupçonnées de violences sexuelles, Pramila Patten, émissaire du secrétaire général, a souligné que « plus de 70 % d’entre elles figurent sur la liste noire de l’ONU depuis cinq ans ou plus sans avoir pris de mesures correctives ».

« Il est essentiel d’assurer une plus grande cohérence entre les inscriptions sur la liste et l’imposition de mesures ciblées et progressives par les comités des sanctions » de l’ONU chargés des différents conflits, a réclamé la responsable onusienne.

« Si elles sont appliquées de manière opportune et cohérente, les sanctions peuvent changer le calcul des auteurs, qui partent du principe que le viol est “gratuit” — voire rentable — dans les guerres où les femmes font l’objet de trafics, sont échangées et vendues », a fait valoir Pramila Patten.

« Viol gratuit »

Si plusieurs membres du Conseil de sécurité se sont élevés lors de la visioconférence du Conseil contre le recours aux violences sexuelles comme « arme de guerre », seuls quelques-uns ont soutenu l’idée d’imposer davantage de sanctions internationales aux auteurs de violences sexuelles.

Parmi eux, l’Irlande, membre non permanent du Conseil, a jugé qu’il s’agissait d’un « outil sous-utilisé pour dissuader et punir la violence sexuelle dans les conflits ». « Ce Conseil a les moyens d’agir » et « nous devons examiner notre utilisation des sanctions ciblées — en particulier les critères de désignation des violences sexuelles liées à un conflit et la liste des personnes sanctionnées », a déclaré l’ambassadrice irlandaise à l’ONU, Geraldine Byrne Nason.

« La mise sous sanctions des auteurs de violences sexuelles est nécessaire et le Conseil de sécurité doit faire davantage en ce sens », a aussi dit son homologue français, Nicolas de Rivière.

Directrice de l’association South Sudan Women with Disabilities Network (SSWD), qui défend les droits des femmes du Soudan du Sud souffrant d’un handicap, Caroline Atim, malentendante, a été la première intervenante de l’histoire de l’ONU à s’exprimer en langage des signes devant le Conseil de sécurité, s’est félicitée l’ONG Human Rights Watch.

Lors de son intervention, Caroline Atim a réclamé de « mettre fin à la guerre et à la violence au Soudan du Sud ». « La vie de milliers de femmes et de filles sud-soudanaises ne peut être échangée contre une pause momentanée des combats. Si leur souffrance est oubliée, nos blessures ne guériront jamais », a-t-elle souligné.