(Oslo) Des efforts internationaux visant à débarrasser l’humanité de la COVID-19 aux défenseurs de la liberté de la presse : 329 candidatures, aussi éclectiques que l’Organisation mondiale de la santé, Donald Trump et Reporters sans frontières, sont en lice pour le Nobel de la paix 2021.

Pierre-Henry DESHAYES
Agence France-Presse

Un total de 234 individus et 95 organisations ont cette année été proposés pour la prestigieuse récompense, a annoncé lundi l’Institut Nobel, soit le troisième nombre le plus élevé de ses 120 ans d’histoire.

Le nom des candidats reste secret pendant au moins 50 ans, mais leurs parrains — parlementaires et ministres de tous les pays, anciens lauréats, certains professeurs d’université… — annoncent parfois publiquement le nom de leur poulain.

Actualité oblige, plusieurs ont trait à la pandémie de COVID-19, fléau qui empoisonne la planète depuis un an.  

« Cela a été une année particulière, marquée par la COVID-19, et il aurait été étonnant que cela ne se reflète pas dans la nature des candidatures », a commenté auprès de l’AFP le directeur de l’Institut Nobel, Olav Njølstad, sans trahir la confidentialité d’usage.

À l’origine du système Covax qui vise à donner un accès aux vaccins aux pays défavorisés, l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Alliance du vaccin (Gavi) et la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (Cepi) sont ainsi dans la course.

Le directeur de l’Institut de recherche pour la paix d’Oslo, Henrik Urdal, en a fait son favori pour le Nobel à ce stade.

« Covax, c’est un candidat qui aujourd’hui doit encore faire ses preuves, mais qui sera d’une importance cruciale s’il est couronné de succès », a-t-il expliqué à l’AFP.

« La situation actuelle avec le nationalisme vaccinal grandissant et une pression toujours plus forte à l’intérieur des pays (sur les groupes à vacciner en priorité, NDLR) soulève la question extrêmement importante des perdants de la crise sanitaire globale », souligne-t-il.

Dans l’ère des infox, la liberté de la presse et de l’information est aussi bien représentée parmi les candidatures.

Reporters sans frontières (RSF), le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), l’International Press Institute (IPI) ou encore les dépisteurs de fausses nouvelles du réseau mondial IFCN — dont fait partie l’AFP — ont été proposés.

Idem pour Zineb El Rhazoui, l’ex-collaboratrice franco-marocaine de l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo dont la rédaction a été décimée par une attaque terroriste début 2015, et pour la journaliste philippine Maria Ressa, cible de poursuites judiciaires après avoir critiqué la politique du président philippin Rodrigo Duterte.  

Réponse le 8 octobre

Parmi les autres candidatures figurent des opposants, comme le trio de femmes biélorusses mené par Svetlana Tikhanovskaïa, et le Russe Alexeï Navalny, en prison dans son pays après avoir été victime d’une tentative d’empoisonnement.

« Grâce à cette nomination, nous sommes désormais connus et cette attention est extrêmement importante […] dans notre lutte pour une future Biélorussie démocratique », soulignait Mme Tikhanovskaïa en octobre.

On retrouve aussi cette année le mouvement antiraciste Black Lives Matter, la Suédoise Greta Thunberg, égérie de la cause climatique, l’agence de l’ONU pour les réfugiés (HCR) ou encore Julian Assange et le site WikiLeaks qu’il a fondé.

Sont également en lice l’ex-président américain Donald Trump, son gendre Jared Kushner, le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou et le prince héritier émirati Mohammed ben Zayed Al-Nahyane, crédités d’avoir fait avancer la paix au Moyen-Orient en œuvrant au rapprochement entre Israël et des pays du monde musulman.

Être proposé pour le prix n’a en soi pas valeur d’adoubement de la part du comité Nobel qui accepte toutes les candidatures pour peu qu’elles aient été envoyées avant la date limite du 31 janvier par des personnes habilitées à le faire.

Autres candidats connus, l’OTAN, une campagne pour l’interdiction des robots tueurs, le mouvement scout ou encore des militants prodémocratie à Hong Kong.

Pas sûr toutefois que le comité Nobel ose froisser Pékin, 11 ans après la tempête diplomatique déclenchée par l’attribution du Nobel au dissident Liu Xiaobo.

« La Chine rejettera fermement toute tentative par quiconque d’utiliser le prix Nobel de la paix pour s’ingérer dans (ses) affaires intérieures », a averti le chef de sa diplomatie, Wang Yi, en visite à Oslo en août dernier.

Le nom du lauréat sera annoncé le 8 octobre.

En 2020, le prix de la paix avait couronné le Programme alimentaire mondial (PAM), agence onusienne et plus grande organisation humanitaire mondiale de lutte contre la faim.