(Nations unies) Le Royaume-Uni a demandé jeudi au Conseil de sécurité de l’ONU de voter sur une résolution consacrée à la vaccination dans les pays en conflit et en crise, appelant à la solidarité, à l’équité et à des cessez-le-feu pour mieux lutter contre la pandémie de COVID-19, selon des diplomates.

Philippe RATER
Agence France-Presse

Le résultat du vote, qui se déroule par écrit sur 24 heures en raison de limitations aux réunions physiques du Conseil, sera connu vendredi.

La Chine et la Russie ont des réserves

Selon ces mêmes sources, les négociations qui ont duré à peine une semaine ont été ralenties par la Russie et la Chine, deux pays aux relations tendues actuellement avec le Royaume-Uni.

Londres, qui avait organisé le 17 février une session ministérielle du Conseil sur les vaccins, espère l’unanimité sur un texte à vocation humanitaire, qui traduirait un virage de la communauté internationale vers une unité souvent prise en défaut depuis le déclenchement de la pandémie il y a un an.  

Dans le projet de texte obtenu par l’AFP, le Conseil de sécurité « souligne le besoin urgent de solidarité, d’équité et d’efficacité et invite au don de doses de vaccin par les économies développées et tous ceux en mesure de le faire aux pays à revenu faible et intermédiaire ou dans le besoin […] pour un accès équitable aux produits de santé contre la COVID-19 ».

L’objectif est d’atteindre les 160 millions de personnes qui vivent dans des pays en conflit, crise et post-conflit, avec un texte qui parle de cessez-le-feu, d’un libre accès pour les humanitaires, de financement pour acquérir des vaccins et de leur distribution, explique un diplomate sous couvert d’anonymat.

Si la résolution est adoptée, ce sera la deuxième pour le Conseil de sécurité après un texte approuvé en juillet 2020 réclamant déjà des cessez-le-feu pour faciliter la lutte contre la pandémie. Prise en otage par une rivalité sino-américaine exacerbée, cette première résolution, rédigée par la France et la Tunisie, avait nécessité plus de trois mois de négociations laborieuses.  

« Progrès inégaux et injustes »

Le texte britannique « appelle au renforcement des approches nationales et multilatérales et de la coopération internationale […] afin de faciliter un accès équitable et abordable aux vaccins COVID-19 dans les situations de conflit armé, les situations d’après-conflit et les situations d’urgence humanitaire complexes ».

Par ailleurs, le projet « exige que toutes les parties aux conflits armés s’engagent immédiatement dans une pause humanitaire durable, étendue et soutenue pour faciliter, entre autres, la livraison et la distribution équitables, sûres et sans entrave des vaccins COVID-19 dans les zones de conflit armé ».

En demandant au secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, de procéder fréquemment à « une évaluation complète des obstacles à l’accessibilité aux vaccins », le texte britannique demande aux pays membres de l’Organisation de prendre « des mesures pour éviter la spéculation et le stockage indu qui pourraient entraver l’accès à des vaccins sûrs et efficaces, en particulier dans les situations de conflit armé ».

La semaine dernière, le chef de l’ONU avait vivement dénoncé des « progrès en matière de vaccination extrêmement inégaux et injustes » dans le monde. Il avait aussi réclamé au G-20 un « plan mondial de vaccination ».  

Lors de la session ministérielle, la Russie avait été le seul pays à juger que le Conseil de sécurité n’avait pas à débattre de vaccins, un sujet de santé hors de sa compétence, selon Moscou.

Lors d’une conférence de presse mercredi, l’ambassadeur russe adjoint à l’ONU, Dmitry Polyanskiy, a assuré que son pays n’était « pas contre » le texte britannique. « Une résolution en soi n’est peut-être pas décisive dans le processus de vaccination, car beaucoup dépend des pays eux-mêmes, de différents acteurs », a-t-il toutefois ajouté.