(Nations unies) L’ONU a lancé mercredi un appel à un effort mondial coordonné pour vacciner contre la COVID-19, tout en avertissant que les inégalités béantes dans les efforts initiaux mettent la planète entière en danger.

Philippe RATER avec Shaun TENDON à Washington
Agence France-Presse

Lors d’une rare visioconférence ministérielle du Conseil de sécurité consacrée à la santé, un domaine non habituellement du ressort de cette instance, plusieurs pays ont réclamé davantage d’unité.

« Le monde a urgemment besoin d’un plan mondial de vaccination pour rassembler tous ceux qui ont la puissance, l’expertise scientifique et les capacités de production et financières requises », a souligné le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres.

« Le G20 (rassemblant les vingt plus puissantes économies de la planète) est bien placé pour établir un groupe de travail d’urgence chargé de préparer un tel plan mondial de vaccination et de coordonner sa mise en œuvre et son financement », a-t-il ajouté, en estimant que le G7, dont un sommet est prévu vendredi, « peut créer l’élan nécessaire pour mobiliser les ressources financières ».

Parmi les 15 membres du Conseil de sécurité figurent les plus gros producteurs de vaccins : États-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni et Inde.

Plusieurs ministres des Affaires étrangères, comme le Chinois Wang Yi, ont réclamé « plus de solidarité et de coopération ». Si ce dernier a « salué » l’organisation de la session, la Russie, simplement représentée par son ambassadeur à l’ONU, Vassily Nebenzia, a estimé qu’un débat sur les vaccins relevait « de structures spécialisées onusiennes » et « outrepassait les compétences du Conseil de sécurité ».  

« Nous devons nous considérer comme une équipe travaillant ensemble contre un ennemi commun et très mortel », a souligné cependant le ministre britannique des Affaires étrangères, Dominic Raab, président en exercice du Conseil de sécurité et organisateur de la session. « Nous luttons contre une pandémie mondiale » et « il ne faut pas qu’il y ait des laissés pour compte », a-t-il insisté.

« Si on laisse le virus se propager comme une traînée de poudre dans les pays du Sud, il mutera encore et encore » avec « de nouveaux variants plus transmissibles, plus mortels qui menaceront potentiellement l’efficacité des vaccins », a aussi mis en garde le chef de l’ONU. « Cela peut prolonger considérablement la pandémie, permettant au virus de revenir pour ravager le Nord », a-t-il dit.

« Progrès inégaux et injustes »

Le chef de l’ONU a dénoncé des « progrès en matière de vaccination extrêmement inégaux et injustes ». « Dix pays seulement ont administré 75 % de tous les vaccins COVID-19. Pendant ce temps, plus de 130 pays n’ont pas reçu une seule dose », a-t-il déploré.

Le chef de la diplomatie mexicaine, Marcelo Ebrard Casaubon, s’en est aussi pris à une « injustice » et à « une fracture de plus en plus profonde » entre quelques pays riches qui « s’accaparent les vaccins » et les autres.

Parmi les intervenants, Jagan Chapagain, secrétaire général de la Fédération internationale des sociétés de la Croix Rouge et du Croissant Rouge, a alerté sur le fait que « la méfiance tue ».

« Lorsque la science n’est pas seulement ignorée, mais ridiculisée, lorsque la décision de porter des masques devient controversée et que le Web est rempli de rumeurs absurdes, la confiance dans les efforts considérables déployés pour arrêter la pandémie est gravement compromise », a-t-il dit, mettant en garde ceux qui refuseraient une vaccination.

Henrietta Fore, directrice de l’agence onusienne UNICEF, a affirmé que « dans cet effort historique, nous devons inclure les millions de personnes qui vivent ou fuient les conflits et l’instabilité ».

Selon Dominic Raab, il s’agit de « plus de 160 millions de personnes ». Il a annoncé le dépôt à l’ONU d’un projet de résolution pour réclamer un cessez-le-feu temporaire dans les zones de conflit que Londres espère voir adopter prochainement.

L’an dernier, il avait fallu plus de trois mois au Conseil de sécurité, bloqué par une rivalité sino-américaine, pour adopter sa première et seule résolution à ce jour sur la pandémie, qui appelait déjà à un cessez-le-feu général pour lutter contre la propagation du virus.

Le ministre indien S. Jaishankar a annoncé que son pays allait donner « 200 000 doses » pour les quelque 100 000 Casques bleus (soit deux doses par personne) déployés dans le monde tandis que son homologue américain Antony Blinken affirmait que les États-Unis allaient verser avant fin février plus de 200 millions de dollars à l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).