(Berlin) Plusieurs dirigeants internationaux ont appelé vendredi, pour le 75e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, à retrouver l’esprit de cette époque pour affronter la pandémie du nouveau coronavirus qui déstabilise le monde.

Yacine LE FORESTIER
Agence France-Presse

La victoire lors de la guerre de 1939-1945 a montré que « rien n’est plus grand que la détermination de l’esprit américain », a clamé le président des États-Unis Donald Trump dans un message, avant de déposer une gerbe devant un mémorial.

« Au cours des derniers mois, notre nation a dû faire face à une grande adversité durant la pandémie de coronavirus, mais comme dans tant de situations dans le passé, les États-Unis vont triompher », a-t-il ajouté.

Dans un registre similaire, le premier ministre britannique Boris Johnson a lui aussi affirmé à l’attention des anciens combattants qu’« en cet anniversaire, nous sommes engagés dans un nouveau combat contre le coronavirus qui exige le même esprit d’effort national que vous avez incarné il y a 75 ans ».

Coopération

Le chef de l’État allemand lui a fait la parallèle mais pour refuser la tentation des replis nationalistes.

« Nous ne devons pas accepter que l’ordre de paix » mis en place à partir de 1945 « parte en fumée sous nos yeux », a dit le président Frank-Walter Steinmeier dans un discours à Berlin, « nous voulons plus et pas moins de coopération dans le monde, y compris dans la lutte contre la pandémie ».

Sur la même ligne, le président russe Vladimir Poutine a affirmé à la télévision autrichienne que « nous luttons tous contre cette épidémie, et le soutien mutuel est très important pendant cette période difficile ».

L’épidémie, qui a fait plus de 270 000 morts dans le monde depuis son apparition en décembre en Chine, a été omniprésente lors des commémorations du 8 mai, en les limitant à leur minimum.

Format restreint

En France, le chef d’État Emmanuel Macron a présidé à Paris une cérémonie en format restreint sur une place de l’Étoile quasiment vide. Il a déposé une gerbe devant la statue du général de Gaulle au milieu des Champs-Élysées, qu’il a remontés avec une petite escorte.

PHOTO CHARLES PLATIAU, ASSOCIATED PRESS

Le président français Emmanuel Macron a déposé une gerbe devant la statue du général de Gaulle à Paris, vendredi.

Mais les cérémonies en Allemagne ont retenu particulièrement l’attention car, d’ordinaire, ce pays ne commémore pas ou très peu le jour anniversaire de la capitulation du régime nazi face aux Alliés.  

Cette fois, la municipalité de Berlin a décidé d’en faire un jour férié, une initiative limitée à la capitale allemande et à l’année 2020.

Le président allemand a appelé ses compatriotes à ne pas considérer le 8 mai avec amertume pour la défaite, les souffrances subies lors des bombardements alliés, l’expulsion des populations allemandes des territoires d’Europe de l’Est ou les pertes de territoires.

« Gratitude »

« Oui, nous autres Allemands pouvons dire aujourd’hui : le jour de la libération est un jour de gratitude ! », a-t-il déclaré, et « il nous a fallu trois générations pour que nous puissions le dire de tout cœur ».  

M. Steinmeier faisait ainsi référence à un autre discours prononcé par un de ses prédécesseurs, Richard von Weizsäcker, et resté dans l’Histoire.  

En 1985, pour le 40e anniversaire de la fin de la guerre, ce dernier avait pour la première fois parlé d’un « jour de libération ».  

En employant cette fois le terme de « gratitude », l’Allemagne franchit un pas supplémentaire, à un moment où l’extrême droite remet en cause la culture de repentance allemande vis à vis des crimes nazis.

Le parti Alternative pour l’Allemagne (AfD) a condamné les célébrations.  

Son principal dirigeant, Alexander Gauland, a affirmé que le 8 mai restait une « défaite absolue ». L’Allemagne a perdu ce jour-là son « ’autonomie » pour « façonner son avenir », a-t-il affirmé.  

« Les Allemands sont présentés surtout comme des victimes » le jour du 8 mai, a réagi le président de la communauté juive nationale Josef Schüster. « Je trouve qu’il s’agit d’une relativisation historique irresponsable des crimes nazis ».

À Londres, la reine Élisabeth II s’exprimera dans un message diffusé sur BBC One à 21 h (16 h heure du Québec), soit « l’heure exacte où son père le roi George VI s’était exprimé à la radio en 1945 », a indiqué un communiqué du gouvernement.