Les Nations unies préviennent que la pandémie de COVID-19 risque de faire sentir son impact sanitaire et économique à travers la planète pour une période de neuf à douze mois si les pays défavorisés sont laissés à eux-mêmes face à la crise.

Marc Thibodeau Marc Thibodeau
La Presse

Un soutien international conséquent pourrait à l’inverse leur permettre d’éviter une flambée des cas de contamination et aiderait à freiner globalement la propagation du nouveau coronavirus en trois ou quatre mois, ouvrant la voie à une reprise « relativement rapide ».

Les scénarios sont évoqués dans un document détaillant un plan d’aide humanitaire divulgué mercredi par l’organisation internationale, qui espère recueillir une somme de plus de 2 milliards de dollars pour venir en aide aux populations les plus fragiles de la planète.

Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a fait valoir mercredi en conférence de presse que le manque de solidarité envers des pays mal équipés pour faire face à la pandémie risquerait d’avoir des conséquences à grande échelle.

PHOTO SALVATORE DI NOLFI, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

António Guterres, secrétaire général des Nations unies

Le monde n’est pas plus fort que son plus faible système de santé.

António Guterres, secrétaire général des Nations unies

« Si nous n’agissons pas de manière décisive, je crains que le virus prenne solidement pied dans les pays les plus fragiles, laissant la planète entière vulnérable alors qu’il poursuit sa course sans considération pour les frontières », a-t-il précisé.

Dans une telle situation, des pays qui ont réussi à contrôler la pandémie pourraient être ultimement frappés de nouveau, a plaidé le représentant onusien.

« L’histoire nous jugera sur la manière dont nous avons répondu aux pays défavorisés à l’heure la plus sombre », a indiqué dans la même veine le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le DTedros Adhanom Ghebreyesus.

Le temps d’agir

Le virus, qui est apparu en Chine à la fin de l’année dernière, a été détecté dans la quasi-totalité des pays de la planète au cours des dernières semaines.

Une majorité d’entre eux comptent encore moins d’une centaine de cas, ce qui donne le temps d’agir à la communauté internationale, plaide le dirigeant de l’OMS.

Nombre d’États en Amérique du Sud, en Afrique ou en Asie disposent de systèmes de santé déficients et risquent d’être rapidement débordés malgré les efforts en cours pour les doter de matériel de test et de dépistage et pour former le personnel.

PHOTO LUIS TATO, AGENCE FRANCE-PRESSE

Un travailleur de la santé prend la température d’un visiteur à l’entrée d’un hôpital de Nairobi, au Kenya.

François Audet, spécialiste de l’action humanitaire qui dirige l’Institut d’études internationales de Montréal, indique que les organisations non gouvernementales représentent parfois la seule source potentielle de soins.

Cette réalité est particulièrement manifeste dans des zones touchées par des crises humanitaires liées à la guerre ou des catastrophes environnementales.

António Gutteres a fait valoir mercredi que des réfugiés ne disposant pas de maisons peuvent difficilement respecter des consignes de distanciation sociale. Même le geste d’hygiène le plus élémentaire, se laver les mains, devient impossible lorsque l’eau et le savon font défaut, a-t-il illustré.

PHOTO OMAR HAJ KADOUR, AGENCE FRANCE-PRESSE

Un travailleur humanitaire désinfecte des tentes dans un camp de réfugiés près de la ville d’Idlib, en Syrie. 

Le soutien international apporté à ces populations fragilisées est critique, mais risque de s’éroder alors que les pays les plus riches se concentrent sur l’impact économique des mesures de confinement mises en place dans leurs propres territoires, prévient M. Audet.

À titre indicatif, le Congrès américain s’efforçait de finaliser mercredi un plan d’aide pour les États-Unis d’une valeur de 2000 milliards de dollars. L’Union européenne jongle pour sa part avec la création d’obligations communes devant permettre à des pays membres comme l’Italie d’emprunter à des taux plus faibles.

« Dans le contexte de crise actuelle, j’ai bien peur qu’il ne reste rien » à terme pour venir en aide aux pays défavorisés, relève M. Audet, en rappelant que de nombreux États occidentaux se montraient déjà peu généreux en matière d’aide au développement avant la pandémie.

Le manque à gagner pour les pays défavorisés risque fort de se traduire dans quelques années par des famines et des conflits susceptibles de faire à leur tour de nombreuses victimes, prévient l’analyste.