(Najaf) « Non à l’Amérique », « Non à l’Iran », « qu’on les arrache tous par la racine ! » Les slogans sont les mêmes qu’ailleurs en Irak, mais cette fois-ci, dans la très conservatrice ville de Najaf, les voix qui les portent sont uniquement féminines.

Agence France-Presse

Mercredi, des centaines de femmes de toutes les générations ont défilé dans cette ville considérée comme sainte par la religion chiite, au sud de Bagdad. Elles dénonçaient pêle-mêle la corruption, endémique en Irak, les jeux d’influence des États-Unis et de l’Iran, grands alliés de Bagdad, et le leader chiite Moqtada Sadr qui a récemment retiré son soutien aux manifestants.

« Aucune voix ne peut couvrir celle des femmes », proclame d’emblée une pancarte, alors qu’une première manifestation uniquement de femmes a eu lieu il y a une semaine à Bagdad pour dénoncer les propos de Moqtada Sadr contre la mixité dans les défilés.

« On a commencé à manifester pour faire chuter le régime, maintenant on fait des manifestations uniquement de femmes parce qu’ils nous ont insultées », explique à l’AFP Saba, 22 ans qui marche en direction du Conseil provincial où se trouve le campement des antipouvoir.

Nada Qassem, professeure d’université d’une cinquantaine d’années, a elle aussi des griefs contre l’ancien chef de milice qui a été le premier à soutenir la révolte inédite, mais a ensuite envoyé ses hommes démonter les piquets de grève dénonçant des manifestants buvant de l’alcool, se droguant et promouvant la débauche.

« Nous, on est libres, on ne sort pas sur ordre d’un religieux et on ne s’arrête pas à cause d’un décret », lance cette Irakienne qui a elle-même été blessée dans des affrontements avec les sadristes.

Autour d’elle, détournant le slogan phare de la révolte emprunté à Moqtada Sadr – « qu’on les arrache tous par la racine » – les manifestantes scandent : « qu’on les arrache tous par la racine, même celui qui a dit ça ».

Les près de 550 morts et 30 000 blessés, la campagne d’intimidations – assassinats de militants, enlèvements de manifestants et violences – menée selon l’ONU par des « milices », tout cela, assure-t-elle à l’AFP, ne l’arrêtera pas.

« Je veux un État civil et reprendre mes droits volés », affirme cette Irakienne drapée dans un grand voile noir. « Ce pays est dirigé depuis l’étranger », dénonce-t-elle encore, en référence à la mainmise iranienne sur le pouvoir à Bagdad et aux interventions américaines en Irak.  

Les tensions entre les deux ennemis ont même dégénéré début janvier en attaques meurtrières qui ont fait redouter que l’Irak ne plonge dans un nouveau conflit.