À mesure que le coronavirus prend de l’ampleur, des experts évoquent le scénario d’une pandémie comme étant de plus en plus probable. À l’instar d’autres pays, le Canada s’apprête à rapatrier certains de ses ressortissants de la province de Hubei, où est localisée la ville de Wuhan, foyer de la crise sanitaire. État des lieux.

Raphael Pirro Raphael Pirro
La Presse

Un risque réel

La progression rapide du virus fait dire à de nombreux experts que le risque d’une pandémie est réel. La carte mondiale des cas de coronavirus chinois évoque de plus en plus une pandémie et il semble « improbable » que le virus soit efficacement endigué, ont affirmé dimanche au New York Times le directeur de l’Institut national des maladies allergiques et infectieuses aux États-Unis et l’ancien directeur du Centre pour le contrôle et la prévention des maladies. « Cela ressemble de plus en plus à l’épidémie de H1N1 qu’au SRAS, et cela m’inquiète », a soutenu pour sa part le Dr Peter Piot, directeur de la London School of Hygiene & Tropical Medicine, cité par le Times. Bien que le taux de mortalité du coronavirus soit d’environ 2 % – alors que celui du SRAS était de 10 % –, celui-ci se répand beaucoup plus rapidement. Selon divers experts, la région la plus vulnérable serait l’Afrique, car plus de 1 million de Chinois y travaillent et les systèmes de santé y sont moins développés. Pour qu’une épidémie se transforme en pandémie, il faut qu’un minimum de deux continents soient touchés de manière soutenue par une maladie. 

Bilan de la propagation

Alors que le bilan continue de s’alourdir en Chine, le coronavirus a fait son premier mort à l’extérieur des frontières chinoises, soit à Manille, aux Philippines, a-t-on appris dimanche. Jusqu’à maintenant, des cas ont été déclarés dans 24 pays, dont le Royaume-Uni, la Russie, la Suède et l’Inde. Au moment d’écrire ces lignes, le nombre total de morts s’élevait à 361 en Chine continentale, un bilan qui dépasse désormais celui du SRAS, qui y avait fait 349 victimes en 2002-2003. Le nombre de personnes infectées ne cesse lui aussi de grimper, dépassant maintenant les 17 200 cas déclarés.

Rapatriement des ressortissants

Face à l’urgence, Ottawa a annoncé dimanche une série de mesures sanitaires entourant le rapatriement des Canadiens au pays à bord d’un avion nolisé. Ils devront se soumettre à des tests de dépistage « rigoureux » avant de partir, en vol, ainsi qu’à leur arrivée. Les Canadiens rapatriés, les accompagnateurs et l’équipage passeront 14 jours en observation à la base militaire de Trenton, en Ontario, là où atterrira l’avion. Rappelons que la période d’incubation de la maladie est de 14 jours. L’avion est prêt à partir, indique Ottawa. Celui-ci atterrira d’abord à Hanoï, au Viêtnam, pour ensuite se rendre à Wuhan, où l’espace aérien est fermé. Le Canada attend actuellement les autorisations nécessaires de la part de la Chine pour arriver à Wuhan. Au total, 325 ressortissants canadiens ont exprimé leur désir de quitter la province de Hubei, où se situe la ville de Wuhan.

Une Saguenéenne à Wuhan

La Saguenéenne Myriam Larouche fait partie de ce nombre. Depuis le 24 janvier, l’étudiante en tourisme est coincée dans sa résidence universitaire de Wuhan, où les rues sont désertées par ses habitants. « Je ne reconnais plus la ville, a-t-elle dit à La Presse. En ce moment, tout est fermé, sauf quelques épiceries, et les gens évitent de sortir de chez eux. » Myriam Larouche habite Wuhan depuis cinq mois. « Je souhaite revenir au Canada temporairement. J’ai fait appel aux services consulaires. » L’étudiante a reçu vendredi un appel de l’ambassade du Canada. On lui demandait ses informations en l’avisant que la date de départ pour le Canada restait à être confirmée. « On m’a dit qu’on allait m’avertir au moins 24 heures avant mon départ. Ça peut arriver à tout moment », a-t-elle précisé.

Traitement prometteur à Bangkok

À mesure que se propage le virus, des scientifiques d’un peu partout dans le monde tentent de trouver un remède efficace qui pourrait ralentir sa propagation – voire guérir les patients infectés. Hier, des médecins en Thaïlande ont annoncé avoir trouvé un traitement prometteur en combinant des médicaments pour la grippe et pour le VIH, a rapporté l’agence Reuters. Selon ces médecins de l’hôpital Rajavithi, à Bangkok, le traitement expérimental a permis d’améliorer, après deux jours, l’état de santé de patients qui présentaient des symptômes graves du coronavirus chinois. Une des patientes dont l’état s’est amélioré est une dame chinoise de 70 ans, dont les tests de dépistage indiquaient qu’elle était infectée depuis une dizaine de jours.

— Avec Mayssa Ferah, La Presse

Sources : Reuters, AFP, The New York Times