L’année 2020 a été l’une des plus mouvementées pour la vie de millions de personnes dans le monde. COVID-19, Biden, Beyrouth… Voici les 10 grands évènements internationaux qui ont marqué l’année.

Nicolas Bérubé Nicolas Bérubé
La Presse

La pandémie a été déclarée… et s’est politisée

L’année 2020 est bien évidemment à tout jamais liée à la pandémie COVID-19 : on pourrait écrire un top 10 complet sur ce thème, mais on ne le fera pas, histoire de ne pas être trop décourageant. Au moment de publier ce papier, la COVID-19 avait causé plus de 1,62 million de morts, dont plus de 13 600 morts au Canada, et infecté plus de 73 millions de personnes dans 218 pays. L’un des éléments les plus inattendus a été la politisation de la crise sanitaire. Des chefs d’État populistes de droite (Trump, Bolsonaro, Johnson) ont tout fait pour minimiser la pandémie, bloquer les moyens de s’y attaquer et inciter leurs partisans à ne pas prendre la distanciation physique au sérieux. Les politiciens centristes et progressistes ont quant à eux généralement agi selon les recommandations des épidémiologistes. La pandémie menace d’emporter des centaines de milliers de vies supplémentaires au cours des prochains mois. Cette année, les Japonais ont même inventé un mot pour décrire les trois consignes de la COVID-19 : « sanmitsu », qui veut à la fois dire d’éviter les espaces clos, les foules et les contacts rapprochés. Comme l’a dit le champion de boxe Muhammad Ali : « Rendre service aux autres est le loyer que vous payez pour votre place ici sur terre. »

La vaccination contre la COVID-19 a commencé

PHOTO FABIAN BIMMER, REUTERS

Le DUgur Sahin, PDG et cofondateur de BioNTech

Ils s’appellent DUgur Sahin et DÖzlem Türeci. Ils habitent un appartement modeste à Mainz, près de Francfort. Le couple ne possède pas de voiture et se rend à vélo aux locaux de BioNTech, leur entreprise, qui se spécialise dans les traitements contre le cancer. En janvier, après avoir lu un article sur l’épidémie du nouveau coronavirus en Chine dans la revue The Lancet, le DUgur Sahin a décidé d’utiliser la technologie d’ARN messager sur laquelle il travaillait pour développer un vaccin. Il l’a fait au cours d’une fin de semaine. « Il n’y a pas beaucoup d’entreprises sur la planète qui ont la capacité et le savoir-faire pour trouver un vaccin rapidement, a-t-il confié au New York Times. J’ai réalisé que nous pourrions être parmi les premiers à proposer un vaccin. » Après avoir été testé sur plus de 43 000 personnes, le vaccin Pfizer/BioNTech a révélé avoir une efficacité de plus de 90 %, et a été déclaré sécuritaire par le Royaume-Uni, le Canada et les États-Unis, entre autres. Le 14 décembre, Gisèle Lévesque, 89 ans, est devenue la première personne au Québec à recevoir le vaccin développé par le DSahin en janvier. « Aujourd’hui, c’est à notre tour de prendre soin d’elle », ont confié ses nièces aux médias. Au moins 1,3 milliard de doses du vaccin seront produites en 2021.

Les changements climatiques se sont accélérés

PHOTO TRACEY NEARMY, ARCHIVES REUTERS

Une Australienne, Nancy Allen, et son mari (à l’arrière-plan) devant leur maison menacée par les feux de brousse qui ont dévasté l’est du pays en janvier dernier.

L’année 2020 a été « la pire année en matière de changement climatique jusqu’ici : si ce n’était de la COVID-19, ce serait la nouvelle la plus importante de l’année », note la publication spécialisée Geospatial World. Dans le monde, l’année 2020 est au deuxième rang des plus chaudes jamais enregistrées, tout juste derrière 2019. Les analystes citent la constante progression du nombre et de l’intensité des incendies de forêt aux États-Unis et en Australie, qui ont tué cette année des dizaines de personnes, tué ou blessé plus de trois milliards d’animaux, et produit pour des milliards de dollars en dommages. Les modèles montrent que la situation risque d’empirer d’ici 2050. La baisse temporaire des émissions due à la diminution de l’activité économique durant la pandémie est « négligeable » en regard de la présence déjà excessive du CO2 dans l’atmosphère. Un panel des Nations unies a constaté qu’aucun des objectifs de développement durable établis en 2015 à Paris n’avait été atteint. Au Canada, le gouvernement veut atteindre la carboneutralité d’ici 2050 — mais aucune conséquence financière ou judiciaire ne découlerait de l’échec de cet objectif. Parmi les nouvelles encourageantes, on note l’élection de Joe Biden et son engagement à s’attaquer de front à la crise climatique. De son côté, l’Union européenne veut maintenant réduire ses émissions de 60 % d’ici la fin de la décennie, et non de 40 % comme c’était prévu.

Joe Biden a remporté la présidence des États-Unis

PHOTO ANGELA WEISS, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Le président désigné Joe Biden

Il a dit que sa candidature avait été motivée par la montée de l’extrême droite aux États-Unis sous Donald Trump. Joe Biden a reporté une victoire qui a été aussi retentissante que longue à certifier : il a obtenu plus de 7 millions de votes de plus que Donald Trump. Rien qu’en Pennsylvanie, Joe Biden a obtenu une avance de 81 000 voix, soit plus que la marge de la victoire en 2016 de Trump en Pennsylvanie, au Wisconsin et au Michigan réunis. Les débordements de violence appréhendés ne se sont finalement pas produits après l’élection, qui restera dans les mémoires pour l’incapacité du président Trump à reconnaître sa défaite. « STOP THE COUNT ! », son cri du cœur sur Twitter, est devenu viral, et a été repris par quantité d’équipes sportives et d’athlètes en tête de leurs classements respectifs autour du monde. Un moment de rigolade qui a brièvement uni la planète dans une année difficile et irréelle. Même la Cour suprême a refusé d’entendre ce que les avocats de Trump avaient à dire au sujet des élections. Une fin de mandat houleuse pour le président qui exècre les perdants.

George Floyd est mort

PHOTO CHANDAN KHANNA, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Un manifestant triomphant devant un immeuble en feu à Minneapolis lors des émeutes qui ont éclaté à la suite de la mort de George Floyd.

Sa mort brutale sous le genou d’un policier blanc à Minneapolis, le 25 mai, a poussé des millions de personnes à descendre dans la rue autour du monde pour dénoncer le racisme. Ce jour-là, le policier Derek Chauvin, sourire satisfait au visage, a empêché Floyd de respirer pendant 8 minutes et 46 secondes, tandis que le policier Tou Thao protégeait son collègue en gardant les témoins scandalisés à distance. Parmi eux se trouvait Darnella Frazier, une adolescente de 17 ans qui a filmé la scène et l’a diffusée sur les réseaux sociaux, provoquant une onde de choc mondiale. En décembre, Mlle Frazier a reçu le prix PEN America. « Avec rien de plus qu’un téléphone portable et son courage, Darnella a changé le cours de l’histoire, déclenchant un mouvement audacieux exigeant la fin du racisme systémique anti-noir et de la violence de la part de la police, a déclaré l’organisation. Sans la présence d’esprit de Darnella et sa volonté de risquer sa propre sécurité et son bien-être, nous n’aurions peut-être jamais connu la vérité sur le meurtre de George Floyd. » Les quatre ex-policiers, dont Chauvin et Thao, doivent avoir leurs procès à compter du mois de mars — procès qui risquent d’être des moments forts de 2021.

Le vol Ukraine International Airlines PS752 a été abattu en Iran

PHOTO ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Les débris de l’appareil qui s’est écrasé non loin de l’aéroport de Téhéran, abattu par erreur par des missiles iraniens.

Avec l’année que nous venons de vivre, la tragédie de l’écrasement du vol 752 en Iran, avec 176 personnes à bord, dont 55 Canadiens et 30 résidents permanents du Canada, semble avoir eu lieu il y a longtemps. Mais l’écrasement a eu lieu au matin du 8 janvier 2020, lorsque l’avion en partance de l’aéroport de Téhéran a été abattu par erreur par des missiles iraniens. La région était sous haute tension après l’assassinat quelques jours plus tôt en Irak du général Qassem Soleimani par une frappe de drone américain. L’Iran avait d’abord nié avoir abattu l’avion civil, mais a fini par admettre sa responsabilité quelques jours plus tard. En septembre, le gouvernement canadien a intenté deux actions collectives envers Téhéran, ouvrant la voie à l’ouverture de poursuites civiles dans les tribunaux canadiens par les familles des victimes. Les actions collectives accusent l’Iran d’avoir commis un acte de terrorisme en abattant l’avion, et accusent le pays de négligence.

Une explosion a ravagé le port de Beyrouth

PHOTO HUSSEIN MALLA, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Un panache de fumée noire s’élève au-dessus du port de Beyrouth, le 10 septembre dernier, à la suite de l’explosion destructrice.

Le 4 août, aux alentours de 18 h, deux explosions se sont succédé dans le port de Beyrouth. Dans la deuxième déflagration, 2750 tonnes de nitrate d’ammonium ont explosé, soufflant tout sur son passage et transformant une partie de la ville en un paysage lunaire. L’explosion a été entendue dans l’île de Chypre, à 200 km de là. Au moins 204 personnes ont été tuées, et plus de 6500 ont été blessées. Les manifestations qui ont suivi ont eu raison du gouvernement de Hassane Diab, qui a dit en quittant son poste que la corruption des classes nanties au Liban « est plus grande que l’État ». La catastrophe survient alors que le Liban vit une crise économique et une crise de la COVID-19 : 45 % de la population y vit sous le seuil de la pauvreté. Ce mois-ci, l’ex-premier ministre Diab et trois anciens ministres libanais ont été arrêtés et accusés de « négligence et d’avoir causé des centaines de morts ». Des rivalités politiques dans le pays ont jusqu’ici bloqué les réformes nécessaires à l’octroi d’une aide financière internationale.

Alexeï Navalny a été empoisonné

PHOTO ODD ANDERSEN, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Alexeï Navalny lors de son transfert vers un hôpital de Berlin en août dernier.

Depuis plusieurs années, les Russes qui critiquent publiquement et à répétition le Kremlin ont tendance à tomber gravement malades et à mourir. C’est le sort que l’opposant russe et figure de proue de la lutte anticorruption Alexeï Navalny, 44 ans, est passé proche de subir à l’été 2020, lorsqu’il est tombé malade en plein vol en Sibérie. Transféré d’urgence dans un hôpital à Berlin, Navalny venait d’être empoisonné avec un agent neurotoxique de type Novitchok, selon trois laboratoires européens. Moscou nie toute responsabilité. Une vaste enquête du réseau Bellingcat a identifié huit agents du FSB (ancien KGB) qui feraient partie d’une unité d’empoisonnement et qui auraient suivi Navalny au cours d’au moins 30 déplacements en Russie ces dernières années, selon des données cellulaires et d’autres documents. En octobre, l’Union européenne a imposé des sanctions à six hauts dirigeants du FSB. Récemment, le gouvernement russe a déclaré que Navalny était libre de rentrer au pays s’il le souhaitait. Alexeï Navalny ne se fera pas prier : il a dit qu’il comptait rentrer en Russie une fois sa convalescence en Allemagne terminée.

Le sort des Ouïghours a (enfin) retenu l’attention de la communauté internationale

PHOTO MURAD SEZER, REUTERS

Une ressortissante ouïghoure manifeste contre le régime chinois à Istanbul, en Turquie, le 1er octobre dernier.

Le sort des Ouïghours, minorité musulmane persécutée en Chine, préoccupe depuis longtemps. L’année 2020 marque un tournant dans la réaction internationale. En août, Merdan Ghappar, un mannequin de 31 ans, a envoyé à la BBC une image le montrant menotté à son lit dans un centre de détention, plaçant les autorités chinoises sur la défensive. L’Associated Press a rapporté que des campagnes de stérilisation des femmes ouïghoures étaient en vigueur. En décembre, un rapport du Center for International Policy (CIP) a montré que 517 000 Ouïghours étaient contraints à faire des travaux forcés dans les champs de coton du nord-ouest de la Chine, qui produit environ le cinquième du coton vendu dans le monde. Au cours des dernières années, jusqu’à un million d’Ouïghours et d’autres minorités ont été contraints de rejoindre un réseau de camps hautement sécurisés dans la province du Xinjiang. Depuis septembre, un tribunal au Royaume-Uni est appelé à déterminer si les actions du gouvernement chinois constituent un génocide ou des crimes contre l’humanité, tandis que le Congrès américain travaille sur un projet de loi visant à interdire aux entreprises multinationales d’utiliser des biens ou de la main-d’œuvre de la province du Xinjiang, projet de loi auquel s’opposeraient les géants Nike et Coca-Cola, notamment, selon le New York Times. Le gouvernement chinois prétend qu’il s’agit de « centres de formation volontaire anti-extrémisme ».

Tesla a damé le pion à Toyota en bourse

PHOTO BRITTA PEDERSEN, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Elon Musk

Le constructeur californien de voitures électriques Tesla a sidéré absolument tout le monde cette année quand son titre à la Bourse a connu une hausse de 600 %, faisant de Tesla le plus grand constructeur du monde en matière de capitalisation boursière. Tesla vaut aujourd’hui plus que Ford, Honda, BMW, GM, Daimler, Volkswagen et Toyota réunis. Elon Musk, cofondateur de l’entreprise, a devancé Bill Gates au deuxième rang des personnes les plus riches du globe, avec une valeur nette de 155 milliards US. Tesla compte produire 500 000 véhicules en 2020, alors que l’entreprise en produisait 75 000 par année il y a cinq ans. C’est une fraction des millions de véhicules produits chaque année dans le monde. Tesla compte s’imposer au cours des années et des décennies à venir, alors que les pays occidentaux interdiront progressivement la vente de véhicules fonctionnant aux carburants fossiles — la Norvège dès 2025, tandis que la Californie et le Québec comptent le faire d’ici 2035, entre autres. Cela dit, même les plus grands partisans de Tesla ne s’expliquent pas la flambée boursière de 2020, qui a confondu même Elon Musk. Deux choses peuvent être simultanément vraies : Tesla peut à la fois être l’entreprise du futur et être grandement surévaluée. Chose certaine, l’époque où Tesla était une jeune pousse fragile et radicale de la Silicon Valley est révolue.