(Genève) La communauté internationale, mobilisée en grande partie virtuellement pour cause de pandémie, a promis mardi de verser une douzaine de milliards de dollars d’aide à l’Afghanistan d’ici à 2024, à condition de préserver les acquis démocratiques, en particulier les droits des femmes, et a réclamé un cessez-le-feu immédiat.

Christophe VOGT avec Elise BLANCHARD à Kaboul
Agence France-Presse

« Les donateurs ont promis plus de trois milliards de dollars pour la première année du plan quadriennal à venir », allant de 2021 à 2024, « avec des engagements annuels qui devraient rester à ce même niveau année après année, cela devrait faire 12 milliards de dollars sur quatre ans », a déclaré Ville Skinnari, le ministre finlandais de la Coopération, coorganisateur avec l’ONU et les autorités afghanes de cette conférence des donateurs de deux jours.

Le ministre a précisé qu’il s’agissait encore d’un chiffre approximatif.

« C’est un montant impressionnant », a commenté le ministre afghan des Affaires étrangères, Mohammad Haneef Atmar, qui a souligné que c’était d’autant plus généreux que « toutes ces nations ont à relever leurs propres défis », faisant allusion à la pandémie de COVID-19 qui a provoqué une crise économique mondiale.

À la précédente conférence, en 2016 à Bruxelles, 15,2 milliards de dollars avaient été promis à l’Afghanistan.

La représentante de l’ONU en Afghanistan, Deborah Lyons, a comparé les annonces de mardi à « une chaleureuse étreinte » de l’Afghanistan, mais a prévenu que cette aide ne serait versée que sur la base des résultats d’un mécanisme de contrôle annuel pour s’assurer que c’est bien le peuple afghan qui profitera de l’aide promise, dans un pays où la corruption est endémique.

La représentante des Pays-Bas avait été encore plus directe : « notre contribution n’est pas une carte blanche ».

Le gouvernement afghan et les donateurs ont paraphé un document détaillant les engagements précis que Kaboul doit prendre.

Au-delà de l’aide financière, tous les participants ont en tête les pourparlers de paix qui se déroulent en ce moment à Doha entre les autorités afghanes et les rebelles talibans.

Nombre d’entre eux ont laissé poindre la crainte que ces derniers, chassés du pouvoir en 2001 par une coalition internationale et qui semblent avoir l’initiative sur le terrain, n’y reviennent et ne rétablissent leur régime brutal qui avait notamment privé les Afghanes de leurs droits.

« Les talibans doivent donner plus de gages de confiance et d’engagement en faveur de la paix », a exigé Josep Borrell, le chef de la diplomatie de l’UE et vice-président de la Commission européenne.

Il s’est joint à l’appel à un arrêt immédiat des violences, qui sont en augmentation, les talibans voulant se donner un avantage dans la négociation en dominant sur le terrain.

Ces derniers ont démenti être mêlés aux deux explosions à Bamiyan, qui selon le chef de la police de cette ville afghane ont fait 14 morts et quelque 45 blessés mardi pendant la conférence, dans une région pourtant jugée assez sûre.

M. Atmar a précisé pour sa part que les discussions qui portent pour le moment seulement sur le cadre des négociations achoppaient encore sur un point « concernant la base légale des négociations ». Mais il pense que les pourparlers reprendront rapidement et pourront faire des progrès sur ce point.

Ne pas se détourner

Dans un très long plaidoyer, par visioconférence de Kaboul, le président avait appelé les donateurs internationaux à ne pas se détourner de son pays.

« Nous sommes en train de vivre l’une des plus grandes tragédies de l’Histoire : la pandémie de la COVID-19. Nous sommes extrêmement reconnaissants qu’en ce moment de souffrances collectives […] votre engagement pour l’Afghanistan reste fort », a-t-il déclaré.

L’Afghanistan reste très largement dépendant de ce soutien, les promesses de son gouvernement de développer l’économie et de combattre la corruption tardant à se concrétiser.

De nombreux analystes estiment qu’un soutien important des donateurs internationaux aidera, au cours des négociations, le gouvernement afghan à faire face aux talibans qui ont été ragaillardis par l’accord signé en février avec Washington entérinant le retrait complet des troupes américaines à la mi-2021. Un accord qu’ils ont célébré comme une victoire face aux Américains.

Les talibans n’ont pas été invités à la conférence des donateurs, mais M. Atmar s’est dit convaincu qu’ils « ont reçu le message de toute la communauté internationale » de cesser les combats.

La situation sur le terrain va à cet égard se compliquer un peu plus pour Kaboul, les États-Unis ayant annoncé la semaine passée le retrait d’ici à la mi-janvier de quelque 2000 soldats du territoire afghan, soit une accélération du calendrier établi par l’accord de février.