(Washington) Le président américain Donald Trump a pour la première fois reconnu mardi que les États-Unis subissaient une hausse « inquiétante » des contagions dans une partie du pays, quelques heures après un accord historique des Européens sur une relance commune pour éviter une récession due à la pandémie de COVID-19.

Ivan COURONNE, avec Thibauld MALTERRE à Paris et les bureaux de l’AFP dans le monde
Agence France-Presse

« Nous implorons les jeunes Américains d’éviter les bars bondés et les rassemblements en lieux clos bondés », a déclaré Donald Trump à la Maison-Blanche, en demandant aux Américains de se laver les mains, de pratiquer la distanciation physique et de se masquer.

« Cela va sûrement, malheureusement, empirer avant de s’améliorer », a-t-il concédé, rompant avec l’optimisme qui caractérisait jusqu’à présent ses commentaires sur la crise sanitaire, alors que les Américains désavouent sa gestion de la pandémie, selon de multiples sondages.

En Europe, à l’aube, après plus de quatre jours et autant de nuits de discussions parfois tendues, les chefs d’État et de gouvernement des 27 pays de l’Union européenne se sont finalement entendus sur les modalités d’un plan de 750 milliards d’euros destiné à venir en aide à leur économie, fondé pour la première fois sur un endettement commun.

« Deal ! », a tweeté le président du Conseil européen Charles Michel à 3 h 31 GMT. De son côté, la chancelière allemande Angela Merkel a souligné la « réponse à la plus grande crise de l’UE depuis sa création ». Dans la soirée, le président français Emmanuel Macron a salué un « jour historique pour l’Europe », « le moment le plus important depuis la création de l’euro ».  

Fruit d’intenses tractations, l’accord final revoit à la baisse la part de subventions dans le plan de relance, un geste en direction des pays dits « frugaux » (Pays-Bas, Suède, Danemark, Autriche, rejoints par la Finlande).

Le montant de ces subventions a été fixé à 390 milliards, contre les 500 milliards prévus au départ et défendus par Berlin et Paris au nom de la solidarité européenne envers les pays comme l’Italie et l’Espagne, les plus durement touchés par le virus.

Nouvel exemple des effets dévastateurs des plans de lutte contre la pandémie sur les économies, en Espagne près de 15 % des bars, hôtels et restaurants-soit 40 000 établissements-ont déjà fermé définitivement, plombés par le manque de touristes ou d’employés de bureau, a indiqué mardi l’organisation patronale représentant le secteur.

L’épidémie, qui a fait selon le dernier décompte de l’AFP au moins 610 604 morts et contaminé plus de 14 736 130 personnes dans le monde, continue de progresser.

Flambée en Floride

Aux États-Unis, plus de 60 000 nouveaux cas de contamination en l’espace de 24 heures ont été recensés pour le septième jour consécutif.

Comme le répètent depuis des semaines les experts et notamment le désormais célèbre immunologue américain Anthony Fauci, la situation est particulièrement inquiétante dans des États du Sud comme la Californie, la Floride ou le Texas. En Floride, il ne restait plus lundi que 18 % des lits disponibles dans les services de soins intensifs.

Distancé dans les sondages par le démocrate Joe Biden à bientôt cent jours de la présidentielle et critiqué pour sa gestion de l’épidémie, Donald Trump semble vouloir tenter de reprendre l’initiative. Il a repris mardi ses conférences de presse régulières sur la crise sanitaire.

Le tableau est également toujours sombre en Amérique du Sud, surtout au Brésil, deuxième pays le plus touché dans le monde, où le cap des 80 000 morts a été franchi lundi. Le président Jair Bolsonaro a contracté le virus, tout comme plusieurs membres de son gouvernement, et se trouve en quarantaine.

C’est dans ce pays que sont menés plusieurs grands essais cliniques visant à vérifier l’efficacité de vaccins, le dernier en date étant celui du laboratoire chinois Sinovac.

Les autorités sanitaires en Bolivie font état d’une « escalade très rapide » du virus, notamment à La Paz. Dans la capitale, des malades meurent à leur domicile ou aux portes des hôpitaux qui sont saturés, selon des témoignages publiés sur les réseaux sociaux.

Record en Iran

La situation sanitaire en Afrique — jusqu’à présent le deuxième continent le moins endeuillé, avec plus de 15 000 morts — suscite également l’inquiétude.  

Dans la capitale de Madagascar, Antananarivo, les principaux hôpitaux sont submergés par l’afflux de patients atteints de COVID-19. Les lits commencent à manquer.

À l’hôpital Andohotapenaka, « on ne reçoit plus que des cas graves », a déclaré mardi à l’AFP son directeur, Nasolotsiry Raveloson. « Il ne reste plus que quatre places disponibles » sur un total de 50, a-t-il précisé.

Pour l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Afrique du Sud, qui a dépassé dimanche les 5000 décès, « risque d’être un précurseur de ce qui va se passer dans le reste de l’Afrique ».

Au Moyen-Orient, l’Iran a annoncé mardi avoir enregistré 229 décès liés au nouveau coronavirus en 24 heures, un chiffre record depuis les débuts mi-février de l’épidémie dans ce pays, le plus touché dans la région.

Dans ce contexte de reprise de l’épidémie ou d’apparition de nouveaux foyers, la question du vaccin s’annonce donc toujours aussi cruciale.  

D’ici là, plusieurs pays renforcent leurs mesures sanitaires, à l’image de l’Autriche, où le port du masque sera à nouveau obligatoire vendredi dans les supermarchés, au guichet des banques et à la poste.