(Barcelone) Début janvier, Carlos Paya avait embarqué pour « son grand rêve » : une croisière autour du monde. Une centaine de jours plus tard, il a touché terre pour la première fois en cinq semaines, dans un monde confiné, en proie au coronavirus.

Daniel BOSQUE
Agence France-Presse

« Nous suivions la situation à la télévision, aux actualités, mais l’impact à l’arrivée est énorme. Sortir avec un masque, porter des gants… Vous ne réalisez pas ce que c’est. Nous nous adapterons en quelques jours, mais pour l’instant, c’est un choc », explique au téléphone ce touriste espagnol de 58 ans.  

Son voyage s’est terminé lundi matin à Barcelone. Là, le navire de croisière Costa Deliziosa a pu débarquer une partie de ses passagers, au terme d’une longue navigation depuis l’Australie, où la fermeture des frontières en raison de la pandémie n’a pas permis de poursuivre le voyage.

Quelques heures plus tard, arrivé en train chez lui à Valence, à 350 km au sud, il raconte : « Ça m’a brisé le cœur quand j’ai touché terre à Valence, toute vide, sans personne, sans voiture… En la voyant comme ça, ça m’a brisé le cœur ».  

Pour ce journaliste sportif, cette croisière avec sa femme était « un grand rêve ». Ils rêvaient de faire le tour du monde depuis des années et ont décidé de le faire quand on lui a diagnostiqué une maladie dégénérative qui, dans quelques années, pourrait l’empêcher de faire un tel périple.  

Ils ont embarqué le 5 janvier à Venise, dans le nord de l’Italie, alors que le virus qui allait frapper d’abord la Chine puis le monde entier était encore inconnu.

« Nous avons compris qu’il y avait un problème en quittant Bora-Bora (Polynésie française, dans le Pacifique) », explique Carlos. « Nous étions au paradis et avons compris que le monde commençait à devenir un enfer ».  

Une arche de Noé

Les escales prévues en Asie ont été suspendues et remplacées par une navigation sur la côte sud de l’Australie. Mais les frontières de ce pays ont également fermé, et le navire n’a eu d’autre choix que de se diriger vers l’Europe, faisant simplement des escales techniques en cours de route.

« Les deux premiers tiers de la croisière ont été merveilleux et le dernier tiers a été si rocambolesque et historique que je crois que de toute ma vie je ne vivrai jamais quelque chose comme ça », raconte ce touriste, qui loue plusieurs fois le travail et le dévouement de l’équipage.

Dans le luxueux navire de douze étages, avec 1800 passagers et 900 membres d’équipage et sans aucun cas de coronavirus à bord, le sentiment de Carlos est d’avoir vécu « dans l’arche de Noé, un monde à part ».

PHOTO PAU BARRENA, AFP

« Nous ne pouvons pas nous plaindre. Nous étions dans un endroit où nous avons pu manger ensemble, aller au théâtre, des choses que nulle part ailleurs on ne pouvait faire », explique ce passager, qui y a même fêté son 59e anniversaire.

Bien que certains passagers aient voulu rester à bord, là où il n’y avait aucun risque de contagion et où les restrictions étaient moins sévères, Carlos et sa femme ont voulu rentrer chez eux pour « passer cette période difficile » avec leur fils de 21 ans.

Mais avant de retourner dans un monde nouveau, « j’ai dit au revoir au commandant en le prenant dans les bras, quelque chose que nous pouvions encore faire là-bas », plaisante-t-il.