(Genève) La décision spectaculaire des États-Unis de suspendre leur financement à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en pleine pandémie de COVID-19 prive l’agence spécialisée de l’ONU, déjà pauvrement dotée, d’une manne destinée à lutter contre des fléaux sanitaires dans le monde entier.

Robin MILLARD
Agence France-Presse

Washington est le premier bailleur de l’OMS, institution multilatérale créée en 1948 dont le fonctionnement et les missions sont tributaires des crédits accordés par ses États membres et les dons de bienfaiteurs privés.

Les États-Unis ont annoncé mardi qu’ils allaient geler leurs versements, le temps d’évaluer le rôle de l’OMS dans la gestion de la pandémie qui a fait plus de 125 000 morts dans le monde, dont 26 000 aux États-Unis, depuis son apparition en décembre, selon un décompte de l’AFP.

Selon le président Donald Trump, les contribuables américains font un chèque de 400 à 500 millions de dollars par an à l’OMS, contre environ 40 millions de dollars « et même moins » pour la Chine.

Le patron de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a fait savoir mercredi que ses équipes allaient « étudier l’impact » de cette annonce sur les opérations de son organisation et chercher d’autres ressources pour compenser.

Le budget de l’OMS est fixé par périodes de deux ans. Pour les années 2018 et 2019, il s’élève à 5,62 milliards de dollars (5,1 milliards d’euros), dont 4,3 milliards proviennent de contributions volontaires, selon les chiffres de l’OMS actualisés jusqu’au dernier trimestre 2019.

Sur les sommes effectivement versées par les contributeurs, les États-Unis arrivent en tête, avec 553,1 millions de dollars, soit 14,67 %. L’argent arrive dans les caisses de l’OMS au gré des projets et des besoins.

Deuxième contributeur en valeur absolue et premier bailleur privé, la Fondation Bill et Melinda Gates du cofondateur de Microsoft (9,76 %), suivie par l’Alliance du vaccin Gavi (8,39 %), la Grande-Bretagne (7,79 %) et l’Allemagne (5,68 %).

Viennent ensuite le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU (5,09 %), la Banque mondiale (3,42 %), le Rotary International (3,3 %), la Commission européenne (3,3 %) et le Japon (2,73 %).

La Chine a contribué sur ces deux années à hauteur de 7,9 millions de dollars, soit 0,21 % – derrière le Luxembourg (0,3 %) et le Pakistan (0,36 %).

L’Afrique, premier récipiendaire

L’OMS perçoit également une sorte de cotisation versée par chaque pays membre au prorata de sa richesse, payable le 1er janvier.

Avec 957 millions de dollars pour 2018/2019, ces cotisations représentent le deuxième poste de recettes de l’OMS.

Les États-Unis ont apporté à ce titre 237 millions de dollars, près de 25 % du total. La Chine, seulement 76 millions, soit 8 %, mais elle doit passer à 12 % lors du prochain cycle budgétaire.

« La Chine communique largement auprès des pays africains notamment, pour se positionner comme un défenseur d’un nouvel ordre mondial plus équitable. L’OMS n’est qu’une structure multilatérale parmi d’autres », souligne à l’AFP Alice Ekman, responsable de l’Asie à l’Institut européen des études de sécurité (EUISS).

« L’influence de la Chine est significative au sein du système onusien et ne se résume pas à sa contribution financière », ajoute-t-elle.

Que fait l’OMS avec les centaines de millions de dollars qu’elle reçoit chaque année ?

Plus d’un quart du montant total des contributions spontanées va à la lutte contre la polio, 12 % à améliorer l’accès aux services de soin et de nutrition essentiels, près de 9 % à la vaccination. Le contrôle des épidémies représente près de 6 % de l’enveloppe.

L’Afrique est la principale région bénéficiaire des subsides de l’OMS, avec 1,32 milliard de dollars, devant la Méditerranée orientale (1,23 milliard), le siège de l’OMS (591 millions), l’Asie du Sud-Est et l’Europe (223 millions chacune), le Pacifique occidental (166 millions) et les Amériques (24 millions).

Le professeur Guy Marks, président de l’Union internationale contre la tuberculose et les maladies respiratoires, a exhorté Donald Trump mercredi à revenir sur sa « décision hasardeuse ».

Le retrait américain pourrait avoir des conséquences « catastrophiques pour les programmes de contrôle d’autres maladies de l’OMS dans le monde », a-t-il averti.