(Rome) Face à la pandémie du coronavirus, qui malgré le confinement de plus de 1,7 milliard de personnes sur terre continue à se propager, les appels à la paix et à une coopération mondiale exceptionnelle se sont multipliés lundi.

Nicolas GAUDICHET à Rome et Michel MOUTOT à Paris, avec les bureaux de l'AFP
Agence France-Presse

À New York, le secrétaire général des Nations Unies Antonio Guterres a solennellement appelé à « un cessez-le-feu mondial et immédiat ».

« L’heure est venue de laisser les conflits armés derrière nous pour concentrer nos efforts sur le véritable combat de nos vies », a-t-il lancé au siège de l’institution internationale. « Posez les armes, faites taire les canons, mettez fin aux frappes aériennes ».

« La furie avec laquelle s’abat le virus montre bien que se faire la guerre est une folie », a-t-il assuré, appelant à la création de « couloirs d’aide humanitaire qui sauveront des vies ».  

Après s’être consultés au téléphone, les présidents français Emmanuel Macron et chinois Xi Jinping ont souhaité, quant à eux, la tenue d’un sommet extraordinaire du G20 sur les aspects sanitaire et économique de la crise du coronavirus.

La pandémie « s’accélère »

« La tenue d’un tel sommet serait utile en particulier sur le plan sanitaire, en associant l’OMS pour travailler conjointement sur les traitements et le vaccin,  et sur le plan économique », a indiqué la présidence française.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a confirmé, pour sa part, que la pandémie « s’accélère ».

« Plus de 300 000 cas de COVID-19 ont été signalés à ce jour. C’est déchirant. La pandémie s’accélère », mais « nous pouvons changer (sa) trajectoire », a déclaré son directeur, Tedros Adhanom Ghebreyesus, appelant les pays à passer à l’« attaque » en testant tous les cas et en plaçant en quarantaine leurs proches contacts.

Si l’usage plus ou moins intensif des tests varie grandement d’un pays à l’autre, en fonction des doctrines et surtout de la disponibilité en nombre suffisant des tests, l’imposition de mesures de plus en plus strictes de confinement se répand sur la planète, suivant l’exemple chinois qui semble avoir porté ses fruits.

Lundi, les autorités de plus de 50 pays ou territoires appelaient plus de 1,7 milliard de personnes (dont 700 millions en Inde) à rester cloitrées chez elles, selon une base de données tenue par l’AFP.

Elles risquent de fortes amendes ou même des peines de prison en cas de désobéissance.

À Rome, Carla Basagni, une artiste retraitée de 86 ans qui vit seule dans le quartier de Trastevere, s’est organisée une petite routine pour supporter son quotidien de recluse.

« Comme je ne peux pas sortir, je fais des exercices de gymnastique chez moi. Je bois au moins cinq fois par jour : j’ai cinq verres d’eau alignés dans ma cuisine, comme ça je suis sûre de ne pas oublier ! », raconte-t-elle.

Son pays, le  plus touché au monde avec 5476 décès et près de 60 000 cas avérés, s’accroche au mince espoir que la baisse du nombre de morts sur une journée enregistrée la veille amorce un ralentissement de la pandémie.

« Les chiffres annoncés (dimanche) sont moindres que ceux d’hier. Nous espérons tous que ces chiffres pourront être confirmés dans les jours qui viennent », a déclaré dimanche soir le patron de la protection civile Angelo Borrelli.

« Remède pire que le problème » ?

Alors qu’aux États-Unis le maire de New York Bill de Blasio appelait à généraliser à l’ensemble du pays les mesures de confinement coercitives adoptées dans les États les plus touchés, le président Trump a une nouvelle fois fait entendre sa différence, exprimant des doutes sur les restrictions mises en place face au coronavirus et déplorant leur impact sur l’économie.

« Nous ne pouvons laisser le remède être pire que le problème lui-même », a-t-il tweeté, laissant entendre qu’il était plutôt favorable à un assouplissement de ces mesures.

Sur l’épineux dossier des Jeux olympiques d’été, prévus en juillet au Japon, la pression s’est accrue lundi en faveur d’un report. Le président de la puissante Fédération internationale d’athlétisme a estimé que les maintenir n’est « ni faisable ni souhaitable ».

De son côté, le premier ministre japonais Shinzo Abe a pour la première fois reconnu qu’un report « pourrait devenir inévitable ».

Un à un les États semblent se rendre à l’évidence : cette crise sanitaire inédite sera longue, d’autant qu’un vaccin, à en croire les grands groupes pharmaceutiques, ne sera pas disponible avant 12 à 18 mois.

L’épidémie flambe en Espagne, qui a franchi lundi la barre des 2000 morts (+462 en 24 heures). Le nombre de morts a été multiplié par plus de deux en trois jours dans le deuxième pays le plus touché d’Europe par la COVID-19, après l’Italie.

Traitements expérimentaux

Et il n’existe actuellement aucun vaccin ou traitement agréé contre le virus, qui a tué à ce jour plus de 15 000 personnes et en a contaminé plus de 324 000 dans le monde, selon un décompte de l’AFP qui ne recense que les cas officiellement déclarés.

Mais les initiatives pour trouver un remède s’accélèrent.  Un essai clinique européen, baptisé Discovery, a ainsi été lancé dimanche dans au moins sept pays du Vieux Continent pour tester quatre traitements expérimentaux contre le coronavirus.

Au Canada, des chercheurs ont lancé lundi une étude visant à tester les effets d’un anti-inflammatoire, la colchicine, sur les risques de complications pulmonaires et de décès liés à la COVID-19.

Aux États-Unis, malgré une montée en puissance des cas - 416 morts et plus de 33 000 contaminations -, l’union sacrée n’a pas prévalu au Sénat, où démocrates et républicains ont échoué à s’entendre dimanche sur un plan de relance visant à mobiliser jusqu’à près de 2000 milliards de dollars en soutien à l’économie.

En conséquence, les marchés boursiers et les cours du pétrole ont continué à plonger lundi.  

Le FMI a prévenu que le coronavirus pourrait plonger le monde dans une récession pire que pendant la crise financière de 2008.  

« L’impact économique est et sera grave, mais plus le virus est arrêté rapidement, plus la reprise sera rapide et forte » en 2021, a estimé sa directrice générale Kristalina Georgieva.