Richard Hétu

Jusque-là, Martin Luther King s'en était tenu à son texte écrit la veille dans une chambre d'hôtel de Washington, évoquant dans des formules parfois ampoulées les injustices vécues par les Noirs cent ans après la Proclamation d'émancipation.

Or, aux deux tiers de son discours, il allait sortir de son texte pour la première fois en exhortant les 250 000 participants à la «Marche sur Washington pour l'emploi et la liberté» à retourner au combat. Au lieu de prononcer les mots de ce passage alambiqué : «Retournons dans nos communautés en tant que membres de l'association internationale pour l'avancé du mécontentement créatif», il devait improviser ainsi :

«Rentrez au Mississippi, rentrez en Alabama (...), retournez au ghetto et quartiers pauvres de nos villes du Nord, sachant que cette situation, d'une manière ou d'une autre, peut être et sera changée. Ne nous complaisons pas dans la vallée du désespoir.»

La petite histoire veut que la chanteuse Mahalia Jackson, qui se trouvait derrière King, ait alors encouragé l'orateur à poursuivre dans la même veine en lançant : «Raconte-leur ton rêve, Martin.» Elle faisait allusion à un sermon prononcé à Detroit et enregistré deux mois plus tôt par la maison de disque Motown.

Et c'est ainsi qu'allait commencer la séquence la plus mémorable et émouvante du discours que MLK a prononcé il y a 50 ans aujourd'hui sur les marches du Lincoln Memorial (à partir de 12:00 de la vidéo qui coiffe ce billet) :

«Je vous le dis ici et maintenant, mes amis, bien que, oui, bien que nous ayons à faire face à des difficultés aujourd'hui et demain je fais toujours ce rêve : c'est un rêve profondément ancré dans l'idéal américain. Je rêve que, un jour, notre pays se lèvera et vivra pleinement la véritable réalité de son credo : " Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes que tous les hommes sont créés égaux ".

«Je rêve qu'un jour sur les collines rousses de Georgie les fils d'anciens esclaves et ceux d'anciens propriétaires d'esclaves pourront s'asseoir ensemble à la table de la fraternité.

«Je rêve qu'un jour, même l'État du Mississippi, un Etat où brûlent les feux de l'injustice et de l'oppression, sera transformé en un oasis de liberté et de justice.

Je rêve que mes quatre petits enfants vivront un jour dans une nation où ils ne seront pas jugés sur la couleur de leur peau, mais sur la valeur de leur caractère. Je fais aujourd'hui un rêve!»

Le New York Times publie aujourd'hui à la Une cet article sur la valeur littéraire de ce chef d'oeuvre de rhétorique, qui allait marquer l'histoire du mouvement des droits civiques.

De son côté, le Washington Post rappelle dans cet article que les inégalités économiques persistent entre les Noirs et les Blancs 50 ans après le discours de King.

On trouve ici le texte intégral en français du discours.