Publié le 30 juill. 2015
Richard Hétu

«Une loi ne pourra jamais forcer un homme à m'aimer, mais il est important qu'elle l'empêche de me lyncher.»

Le chroniqueur noir du New York Times Charles Blow rappelle cette citation de Martin Luther King dans un texte sur la mort de Samuel DuBose, un Afro-Américain de 43 ans qui a été abattu le 19 juillet par un policier blanc de l'Université de Cincinnati lors d'un contrôle routier de routine à l'extérieur du campus.

Le policier, Ray Tensing, a été inculpé pour meurtre hier par le procureur du comté d'Hamilton, qui a qualifié sa décision d'ouvrir le feu sur l'automobiliste non armé d'«acte le plus stupide que j'aie vu un policier commettre».

Tensing, 25 ans, a arrêté DuBose parce qu'il roulait sans sa plaque d'immatriculation sur le devant de sa voiture. Dans son rapport, il affirmé avoir tiré parce qu'il avait été entraîné par la voiture de la victime alors que celui-ci prenait la fuite.

La caméra personnelle du policier contredit cette version. Au cours de l'intervention, Tensing réclame à plusieurs reprises les papiers de DuBose. Celui-ci répond à plusieurs reprises qu'il possède un permis de conduire, avant d'admettre qu'il ne l'a pas sur lui. Il montre que sa plaque manquante se trouve dans son coffre à gant. À un moment donné le policier demande : «Qu'est-ce que c'est sur le plancher?» DuBose ramasse une bouteille de gin et la remet au policier.

Tensing ouvre ensuite la porte du conducteur et dit à DuBose d'enlever sa ceinture de sécurité. DuBose ferme la porte et redémarre le moteur de sa voiture. C'est alors que le policier entre sa main gauche dans la voiture, crie «stop» à deux reprises et sort son arme avec sa main droite et tire une balle. Il semble ensuite tomber à terre alors que la voiture s'éloigne. Tout se passe très rapidement.

Dans son texte sur la mort de DuBose (une «exécution», selon lui), Charles Blow prend soin de préciser que les policiers ne sont pas responsables de la majorité des actes de violence mortelle dont sont victimes les Afro-Américains. «Mais l'usage disproportionné de la force par certains policiers contre des gens de couleur est une menace spécifique et très réelle qui doit être abordée», écrit le chroniqueur avant d'ajouter :

«Et l'idée même que cette violence soit perpétrée par des gens qui agissent comme bras du gouvernement, en votre nom mais contre votre corps, est une pilule trop difficile à avaler. Comment mes impôts peuvent-ils payer votre salaire alors que vos actions font couler le sang de mon corps? Comment se fait-il que j'aie à craindre les policiers autant que les criminels? À qui dois-je m'adresser quand les policiers deviennent des criminels?»

Les questionnements de Blow rejoignent ceux de Ta-Nehisi Coates, auteur de Between the World and Me, un best-seller sur les relations raciales aux États-Unis auquel j'ai consacré cet article récent. «En Amérique, détruire le corps noir fait partie de la tradition. Cela fait partie de l'héritage», écrit Coates en faisant allusion à l'esclavage, aux lynchages et à la brutalité policière.