Publié le 11 mars 2017
Richard Hétu

C'est un fait notoire qu'on peut parfois suivre les émissions de CNN ou de Fox News quasiment en direct en lisant le fil Twitter de Donald Trump, qui réagit à ce qu'il entend en gazouillant. Mais se peut-il que le président s'inspire aussi de ce qu'il entend à la télé pour prendre des décisions d'importance?

Jeudi soir, l'animateur de Fox News Sean Hannity a déchiré sa chemise en dénonçant les «saboteurs» qui divulguent des informations secrètes depuis leur poste au sein de l'«État profond» (une expression à la mode chez les conseillers et partisans de Trump ces jours-ci) afin de nuire au président. Selon Hannity, l'heure est venue d'une «purge» des fonctionnaires nommés par Barack Obama au sein du gouvernement fédéral.

Comme l'a rappelé Hannity dans son topo, Bill Clinton a déjà congédié 93 procureurs fédéraux après son entrée à la Maison-Blanche. La différence, c'est qu'il leur a laissé jusqu'à trois semaines ou même plus pour boucler leurs dernières affaires ou enquêtes.

Autre différence non négligeable : en janvier, le vice-président Mike Pence et le conseiller juridique de la Maison-Blanche Donald McGahn avaient déclaré à la sénatrice démocrate de Californie Dianne Feinstein qu'il n'y aurait pas de congédiements en masse de procureurs fédéraux.

De toute évidence, les assurances de Pence et McGahn ne tiennent plus.

Il n'est pas dit que certains procureurs, dont Bharara, ne seront pas invités à reprendre leur ancien poste. Mais il est intéressant de noter que la décision de limoger Bharara et les autres intervient quelques jours seulement après que des groupes eurent demandé au procureur de Manhattan de lancer une enquête pour déterminer si le président avait violé la clause constitutionnelle des «émoluments» qui interdit aux responsables fédéraux d'accepter des paiements de gouvernements étrangers.

Bharara, qui a lancé des enquêtes contre des élus de son propre parti, dont le maire et le gouverneur de New York, a déjà prouvé qu'il n'était pas du genre à ménager les riches et puissants.

P.S. : Selon CNN et d'autres médias, Bharara n'aurait pas l'intention de remettre sa lettre de démission. Si le ministre de la Justice Jeff Sessions veut le remplacer, il devrait vraisemblablement le limoger en bonne et due forme.