Publié le 9 mai 2017
Richard Hétu

Au lendemain de l'audition de Sally Yates, ex-ministre de la Justice par intérim, devant une commission du Sénat américain, le mystère demeure entier : pourquoi la Maison-Blanche a-t-elle attendu 18 jours avant de réclamer la démission de Michael Flynn, qui occupait le poste de conseiller à la sécurité nationale?

Une chose est absolument certaine : le Sénat et la Chambre des représentants à majorité républicaine auraient déjà lancé 354 enquêtes sur cette seule question si elle avait mis en cause le jugement, l'honnêteté ou l'indépendance d'un président démocrate vis-à-vis d'une puissance étrangère accusée d'avoir influencé la plus récente élection présidentielle américaine.

Après tout, comme l'a confirmé Yates hier (voir la vidéo qui coiffe ce billet), la Maison-Blanche a su dès le 26 janvier 2017 que Michael Flynn avait menti au vice-président Mike Pence sur la nature de ses contacts, fin décembre, avec l'ambassadeur de Russie à Washington, et que les mensonges du conseiller à la sécurité nationale le rendaient vulnérable au chantage de la Russie, qui connaissait la vérité.

Or, avant de pousser Michael Flynn vers la sortie, Donald Trump a attendu jusqu'au 13 février, journée de la publication d'un article percutant du Washington Post sur l'intervention de Sally Yates auprès de la Maison-Blanche. N'eût été de cet article, Michael Flynn serait peut-être encore aujourd'hui à son poste.

Pourquoi?

La même mystère entoure le refus du président républicain de suivre le conseil de son prédécesseur de ne pas confier à Michael Flynn le poste de conseiller à la sécurité nationale. À ce conseil s'ajoute une recommandation semblable du gouverneur du New Jersey Chris Christie, qui a dirigé pendant un certain temps l'équipe de transition de Donald Trump.

Est-ce seulement la loyauté qui a guidé le choix de Donald Trump  ou une raison qui touche aux liens noués par le général retraité avec la Russie? Liens qui font l'objet de trois enquêtes, dont l'une menée par le FBI.

Dans une série de gazouillis publiés hier soir, Donald Trump a qualifié de «vieilles nouvelles» le témoignage de Sally Yates devant la commission du Sénat. Il aurait sans doute préféré traiter le tout de «fausses nouvelles». Manque de pot. Les «vieilles nouvelles» inexpliquées ont tendance à ne pas mourir.

Dans un autre gazouillis, le président a écrit que James Clapper, ex-directeur du Renseignement national, avait indiqué hier devant la même commission sénatoriale qu'il n'y avait pas de preuve de collusion entre des proches de l'entourage de Donald Trump et les responsables russes qui ont influencé l'élection présidentielle américaine.

Or, Clapper a affirmé qu'il n'était même pas au courant que le FBI menait une enquête sur une collusion possible avant que James Comey ne révèle l'existence de cette enquête en mars dernier. Il a ajouté que le Renseignement national n'était pas informé par le FBI des enquêtes de contre-espionnage. D'où sa précision selon laquelle il n'était pas en mesure de dire s'il y avait preuve de collusion.

Il n'en fallait pas plus pour que Donald Trump et la Maison-Blanche crient victoire. Voilà qui est peut-être prématuré.