Le Vatican, l'Iran et la Russie tentent de freiner les efforts pour lutter contre les violences faites aux femmes, à l'occasion d'une conférence de l'ONU sur ce sujet qui a entamé ses travaux lundi.

Plus de 6000 représentants de la société civile sont inscrits à cette session annuelle de la Commission de l'ONU sur le statut de la femme.

Cette 57e session «est le plus grand rassemblement international jamais organisé pour mettre fin aux violences contre les femmes», a souligné à son ouverture la directrice exécutive d'ONU Femmes, Michelle Bachelet.

Elle a rappelé que la réunion se tenait dans un contexte de mobilisation après l'attaque des talibans contre l'adolescente pakistanaise Malala Yousafzai et le viol collectif d'une jeune Indienne en décembre. Bien que 160 pays aient adopté des lois contre ces exactions, «l'impunité est encore la norme, pas l'exception», a déploré Mme Bachelet.

Selon des diplomates, le Vatican, l'Iran et la Russie, entre autres pays, s'efforcent d'édulcorer un passage du projet de communiqué final qui affirme que religion, coutumes ou traditions ne peuvent pas servir de prétexte à un gouvernement pour se soustraire à son obligation de lutter contre les violences faites aux femmes.

Ces mêmes États s'opposent aussi à ce que des relations sexuelles imposées à une femme par son mari ou son compagnon soient considérées comme un viol.

«La violence contre les femmes doit être considérée comme un problème de droits de l'Homme et cela n'a rien à voir avec la culture ou la religion», a déclaré à l'AFP la ministre norvégienne de l'Egalité hommes-femmes, Inga Marte Thorkildsen.

«Le Vatican, les forces religieuses conservatrices aux États-Unis et en Europe, et certains pays catholiques et musulmans se liguent pour empêcher les femmes d'obtenir des droits sexuels», a regretté la ministre, qui prédit des négociations difficiles durant les deux semaines de conférence.

«Ceux qui invoquent la morale doivent se demander si le vrai danger moral n'est pas de priver des millions de femmes du droit à la vie», a-t-elle encore fait valoir.

Maryam Mojtahedzadeh, conseillère du président iranien Mahmoud Ahmadinejad sur la situation des femmes, a affirmé devant la conférence qu'il fallait respecter la «diversité culturelle». La réunion doit avoir pour but de «renforcer les valeurs morales et spirituelles, ainsi que le respect de la dignité humaine et de la diversité culturelle», a-t-elle estimé.

Elle a cependant souligné que l'Iran avait fait adopter l'an dernier une loi sur la protection de la sécurité des femmes et avait créé un fonds de soutien pour les femmes victimes de violences.

Selon un rapport de la Banque mondiale évoqué à la conférence, les femmes âgées de 15 à 44 ans sont plus nombreuses à décéder de mort violente que du paludisme, du sida ou du cancer réunis.

Pour Mme Bachelet, «il faut appliquer plus strictement les lois et les politiques de prévention» et «recruter davantage de femmes policiers, Casques bleus ou juges», car les cas de viol seront ainsi mieux dénoncés.

«Beaucoup de choses s'amélioreront dès lors que tous les professionnels amenés à croiser le chemin d'une femme victime de violences seront le mieux sensibilisés et le mieux formés possible», a affirmé la ministre française des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem.