Les dirigeants des grands pays industrialisés réunis à Deauville à l'occasion du sommet du G8 se présentent en ordre dispersé sur la question délicate de l'utilisation de l'énergie nucléaire, qui doit être débattue aujourd'hui.

Publié le 26 mai 2011
Marc Thibodeau LA PRESSE

Dans la foulée de la catastrophe de Fukushima au Japon, plusieurs États ont décidé de suspendre leurs projets de développement dans le domaine, voire même de faire marche arrière, pour assouvir les craintes de la population.

C'est le cas notamment de l'Allemagne, où la chancelière Angela Merkel a fait volte-face au cours des derniers mois, annulant une décision antérieure visant à prolonger la durée de vie de plusieurs anciennes centrales. Sous pression des écologistes, en forte progression dans les sondages, elle a parallèlement annoncé son intention de faire sortir le pays du secteur nucléaire d'ici 2021.

En Italie, le premier ministre Silvio Berlusconi, qui planchait sur la construction de plusieurs centrales nucléaires, vient de faire voter une loi reportant toute initiative de ce type. Il espère éviter ainsi la tenue d'un référendum sur le sujet.

Le Japon, qui devra tenter aujourd'hui de rassurer les chefs d'État sur l'évolution de la crise en cours à Fukushima, s'est engagé à revoir les projets de développement nucléaire de l'archipel.

Prenant le contrepied de ce mouvement de recul, la France, qui agit comme hôte officiel du sommet, semble déterminée à maintenir le cap en matière d'énergie nucléaire. Le président Nicolas Sarkozy s'est opposé énergiquement à toute demande de moratoire sur le développement du secteur nucléaire dans son pays, assimilant une telle décision à un «retour au Moyen-âge».

«Pendant 50 ans, nos prédécesseurs ont investi dans cette économie et il faudrait, parce qu'il y a eu un tsunami au Japon, qu'on remette en cause ce qui fait la force de la France, la fierté, l'indépendance de la France. Ce serait un choix irréfléchi et déraisonnable», a-t-il martelé.

L'organisation française Sortir du nucléaire ne s'étonne pas outre mesure que le président ait décidé de mettre la question de la sécurité nucléaire à l'agenda.

«En France, on considère que Nicolas Sarkozy est le plus important représentant de l'industrie nucléaire. Il n'est pas surprenant qu'il tente d'utiliser le G8 pour redorer le blason de l'industrie et convaincre les autres chefs d'État de ne pas s'en détourner», souligne la porte-parole de l'organisation, Anne-Laure Meladeck.

«La partie s'annonce cependant difficile pour lui puisque les autres politiciens prennent conscience, avec la catastrophe en cours au Japon, qu'ils ne peuvent pas imposer ce système-là à leur population», souligne-t-elle.

Contrairement à Nicolas Sarkozy, qui assimile les critiques de l'énergie nucléaire à des amateurs de «chandelle», Mme Meladeck pense possible pour la France de se passer de centrales nucléaires en combinant des mesures d'efficacité et de «sobriété» énergétiques avec le développement d'énergies renouvelables.

L'Allemagne et l'Espagne, dit-elle, ont déjà réussi à réduire sensiblement l'utilisation d'énergie nucléaire avec des mesures de ce type.

La World Wildlife Foundation accuse aussi le chef d'État français de vouloir utiliser le sommet du G8 pour «défendre les intérêts économiques» de son industrie nucléaire et favoriser l'exportation de ses centrales.

«La France se comporte en véritable pompier pyromane... Elle sème les graines de potentiels accidents nucléaires et vend ensuite ses experts pour venir en aide aux pays victimes de catastrophes», souligne l'organisation.