Rester bloqué à Tokyo à cause d'un volcan islandais constitue une épreuve de survie dans l'une des villes les plus chères du monde.

David Watkins AGENCE FRANCE-PRESSE

«On vient à l'aéroport tous les jours depuis que notre vol a été annulé vendredi», sanglote Lucille, jeune touriste française prostrée sur un siège de l'aéroport de Narita, aux côtés de sa soeur Anaïs.

Comme elles, des milliers de voyageurs sont bloqués depuis vendredi dans l'archipel, à cause d'un nuage de cendres volcaniques qui a entraîné la fermeture des espaces aériens en Europe.

Au moins 35 vols internationaux ont été annulés mardi au Japon, dont 26 à Narita, le grand aéroport international de Tokyo.

Désignée cité la plus chère de la planète par l'institut de recherche du magazine The Economist en 2009, la capitale nippone a eu vite raison des économies des deux soeurs, d'autant que Lucille a engagé des frais médicaux.

«Nous n'avons plus d'argent et je n'ai plus de médicaments», explique-t-elle.

Leurs parents règlent la note d'hôtel depuis la France, mais les deux soeurs ont été prévenues par leur compagnie, Air France, qu'elles devraient patienter cinq jours de plus avant de repartir vers Birmingham (Grande-Bretagne) où elles étudient.

Au moment où les pays européens rouvrent peu à peu leur espace aérien, les touristes coincés au Japon s'inquiètent à l'approche de la «golden week», la semaine des congés de printemps qui débute jeudi 29 avril.

Ces rares vacances voient d'habitude les Japonais prendre d'assaut les aéroports, faisant craindre une aggravation de la pagaille et un délai supplémentaire pour les étrangers bloqués.

En désespoir de cause, le voyageur pressé peut acheter un aller simple à l'une des rares compagnies disposant de places sur un vol, mais au prix fort. L'italienne Alitalia, qui a fait décoller plusieurs avions mardi, proposait par exemple un Tokyo-Rome pour 3.500 euros.

«Il faut que je rentre vite», explique Abel Horvath, un trentenaire venant de Fribourg (Allemagne). «Mais 3 500 euros, c'est trop !».

Comme le rappelle Simon Wood, le porte-parole de l'ambassade britannique, «les compagnies européennes ont l'obligation de rembourser les passagers ou de leur proposer un billet de remplacement, tout en leur apportant un minimum de soutien».

L'aide était toutefois très variable à Narita, certaines compagnies payant l'hôtel à leurs clients les plus fidèles, tandis que la plupart n'offraient aucun service, voire restaient aux abonnés absents.

Comme d'autres représentations diplomatiques européennes, l'ambassade britannique aide ses ressortissants «en matière d'assurance, en facilitant le transfert d'argent de la part de proches et l'accès aux soins médicaux», énumère M. Wood.

L'ambassade de France a pour sa part mis à la disposition de ses ressortissants des lignes téléphoniques et Internet, et accepte d'avancer de l'argent à des touristes complètement ruinés par un séjour plus long que prévu.

Face à la toute-puissance des forces de la nature, certains tentaient de rester philosophes.

«J'espère rentrer à Londres aujourd'hui, mais si ce n'est pas possible, ainsi soit-il», commentait Rolf Jilesen, pilote d'hélicoptère néerlandais, en grattant sa guitare devant un panneau de départ couvert de mentions «Vol annulé».