Le gouvernement français, qui s'inquiète du nombre d'agressions recensées en milieu scolaire, envisage d'installer des portiques de détection de métaux dans les collèges et lycées du pays pour tenter d'endiguer la violence.

Marc Thibodeau LA PRESSE

Le ministre de l'Éducation nationale, Xavier Darcos, a évoqué cette hypothèse il y a quelques jours après s'être rendu dans un établissement de la banlieue de Toulouse où une enseignante venait d'être grièvement poignardée.

 

Elle a été prise à partie par un adolescent de 13 ans armé d'un couteau de cuisine. Il l'a frappée au thorax après qu'elle eut refusé d'annuler une punition pour un devoir négligé.

Il faut examiner «toutes les solutions possibles» pour éviter que se répète ce type de «fait divers grave», a indiqué le politicien, qui s'est précipité sur les lieux du drame pour réagir publiquement.

«On peut imaginer dans certains établissements des portiques, des systèmes de fouille. Nous verrons. Les cellules territoriales estimeront peut-être que, dans certains établissements, c'est une réponse possible», a-t-il déclaré devant une foule de parents inquiets.

Agressions armées

L'approche préconisée par M. Darcos est désavouée par le principal syndicat d'enseignants des collèges et lycées, le SNES-FSU, qui lui demande «avec insistance» de délaisser le «tout-sécuritaire».

Il faut, souligne l'organisation, donner aux établissements des ressources humaines et matérielles suffisantes pour leur permettre «de faire un travail éducatif de qualité» tout en cherchant à améliorer les conditions des jeunes en dehors de l'école.

L'agression survenue dans le lycée de Toulouse, qui avait bonne réputation, montre «que l'école n'échappe pas aux tensions souvent violentes qui marquent la société actuelle et qu'aucun établissement n'est à l'abri d'un acte de violence», juge le SNES-FSU.

Les données les plus récentes du ministère de l'Éducation nationale, citées par Le Figaro lundi, indiquent qu'il y a eu 1607 agressions avec arme ou arme «par procuration» (batte de baseball, chaîne, etc.) en 2004-2005 dans les établissements français.

Ces données, au dire de spécialistes, ne constituent que la pointe de l'iceberg puisque plusieurs dirigeants d'établissement sont réticents à signaler les incidents pour ne pas ternir leur réputation. Nombre d'agressions entre élèves sont passées sous silence par les victimes, de crainte des représailles.

«Du spectacle»

Véronique Bouzou, qui enseigne le français en région parisienne dans des écoles difficiles, estime que le climat de travail dans plusieurs collèges et lycées s'est passablement détérioré au fil des ans.

«Il y a une montée immense des actes d'incivilité, des menaces... Des enfants de plus en plus jeunes se croient tout permis. Ils ne se rendent plus compte de la gravité de leurs gestes», souligne cette femme de 35 ans, qui vient de publier un livre intitulé Ces profs qu'on assassine.

Inspirée par le suicide d'un collègue, son enquête lui a permis de constater que beaucoup d'enseignants se sentent dépassés par l'attitude des élèves et mal soutenus par leur direction, trop portée à prendre le parti des enfants.

L'enseignante, qui a rencontré le ministre Darcos il y a un mois, se dit déçue par le discours du politicien. En particulier parce qu'il persiste à nier l'existence d'un problème «structurel».

L'évocation de l'installation de portiques de détection ne constitue, aux yeux de l'auteure, que de «l'esbroufe» alors qu'une réflexion approfondie s'impose pour contrer la violence en milieu scolaire.

«Il profite d'un fait divers dramatique pour dire qu'il va faire ci, qu'il va faire ça... Un véritable homme politique, c'est un homme qui réfléchit, pas un homme qui fait du spectacle», souligne Mme Bouzou.