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«Nous préférons mourir»

Le gymnase de l'Université libre de Bruxelles (ULB)... (Photo Dominique Faget, AFP)

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Le gymnase de l'Université libre de Bruxelles (ULB) est occupé depuis la fin février par plus de 250 immigrants sans papiers qui ont décidé d'entamer une grève de la faim pour forcer le gouvernement à les régulariser.

Photo Dominique Faget, AFP

(BELGIQUE) Des centaines d'immigrants sans papiers qui vivaient dans l'ombre depuis des années en Belgique par crainte d'être expulsés ont décidé de recourir à la grève de la faim pour obtenir le titre de séjour rêvé. Le gouvernement maintient la ligne dure, craignant de voir se multiplier ce type d'action. Nous sommes allés à leur rencontre.

Par une belle journée de printemps, des groupes d'étudiants cassent la croûte sur les terrains verdoyants de l'Université libre de Bruxelles (ULB), prenant leur dose de soleil avant de retourner en classe.

 

Les sourires et les rires qui résonnent un peu partout contrastent fortement avec l'ambiance sinistre qui règne, à quelques mètres de là, dans le gymnase de l'établissement.

Il est occupé depuis des mois par plus de 250 immigrants sans papiers qui ont décidé, fin février, de radicaliser leur action en entamant une grève de la faim pour forcer le gouvernement à les régulariser.

«Cinq mois d'occupation et de démarche politique égal zéro alors nous préférons mourir», résume une bannière posée à l'entrée près d'une affiche qui dit: «Papier ou la mort».

Plusieurs des grévistes, qui ne consomment que de l'eau et du thé sucré depuis plus de 50 jours, sont gravement affaiblis. Ils passent leurs journées allongés sur des matelas posés à même le sol. Ou se traînent dans la salle, le regard hagard.

Quelques enfants courent à gauche et à droite, comme le petit Félix, 2 ans, qui s'affale en ricanant dans les bras d'un homme au teint pâle.

Sa mère d'origine équatorienne, Clementina, tente tant bien que mal de le garder auprès d'elle, mais le petit garçon n'en a cure. «Les gens se plaignent du bruit, mais que voulez-vous que je fasse?» demande-t-elle.

La femme de 32 ans a décidé de quitter son pays il y a 10 ans, après la mort de sa mère, dans l'espoir de pouvoir générer à l'étranger assez d'argent pour faire vivre sa famille. Elle raconte en espagnol, presque en murmurant, les ménages réalisés au noir, les riches propriétaires qui refusent de la payer après l'avoir exploitée et menacée, la peur de l'expulsion.

Condition médicale critique

«Nous ne sommes pas des voleurs, ni des criminels... Nous avons le droit de vivre comme tout le monde», insiste Clementina, qui alimente son bébé avec la nourriture donnée par des bénévoles.

«C'est très stressant... Les gens sont désespérés et ils sont capables de se battre pour un rien», ajoute-t-elle, tandis qu'un gréviste irrité crie son exaspération.

«Tout le monde est à fleur de peau», confirme Anas, un sans-papiers originaire du Burkina Faso, qui se désole de la scène.

«C'est triste de voir ça. Mais c'est triste aussi de voir des gens qui passent des années en Belgique sans pouvoir vivre normalement. Des gens qui finissent par ne plus se sentir humains, à qui on enlève toute dignité», souligne l'homme de 33 ans.

Comme lui, la plupart des sans-papiers présents maintiennent qu'ils iront jusqu'au bout pour obtenir un titre de séjour leur conférant le droit de travailler.

Déjà, plusieurs d'entre eux se trouvent dans une condition médicale critique. Il y a des hospitalisations «pratiquement tous les jours», confie un bénévole.

La semaine dernière, un groupe de médecins qui venaient régulièrement prêter assistance aux sans-papiers a interpellé publiquement le gouvernement, soulignant que les risques de séquelles irréversibles devenaient très importants au-delà de sept ou huit semaines de grève de la faim.

Ligne dure

La ministre de l'Immigration et de l'Asile, Annemie Turtelboom, maintient malgré tout la ligne dure face aux grévistes, qui occupent aussi une église du centre-ville.

«Nous avons environ 500 personnes en grève de la faim. Si on cède, on en aura 5000 demain et 50 000 après-demain», indiquait la semaine dernière un porte-parole du gouvernement. Ce qui n'a pas empêché les autorités d'attribuer, quelques jours plus tard, des cartes de séjour de trois mois à d'autres grévistes qui occupaient un parking souterrain d'une autre université de la capitale.

Jaime Achig Pillajo, décorateur d'origine équatorienne qui milite depuis des années au sein d'une organisation de défense locale des sans-papiers, souligne que le gouvernement belge avait mis de l'avant début 2008 une nouvelle politique d'immigration devant clarifier le processus de régularisation.

La circulaire précisant la marche à suivre n'a cependant toujours pas été émise, déplore M. Pillajo, qui a obtenu ses propres papiers il y a deux mois après plus de 10 ans de vie en situation irrégulière.

«Les sans-papiers ne croient plus aux promesses du gouvernement. C'est parce qu'ils sont désespérés qu'ils ont décidé de passer à la grève de la faim», souligne le porte-parole, qui a longtemps utilisé dans les médias le prénom d'Alex pour se protéger des autorités.

Selon lui, la ministre de l'Immigration et de l'Asile craint d'irriter les partisans de son parti flamand, à quelques mois d'importantes élections régionales, en ouvrant la voie à une politique d'immigration plus permissive.

Ces considérations politiques exaspèrent au plus haut point les grévistes de l'ULB. «S'il y a une catastrophe, on ne dit pas que l'on va s'en occuper après les élections. Or, c'est bien une catastrophe que l'on voit ici», souligne Anas.

 




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