Une vidéo de propagande diffusée par des extrémistes islamistes somaliens tente d'attirer des recrues étrangères en mettant en scène un combattant «américain» sur fond de chansons et de rap en anglais, a rapporté mardi un centre de surveillance des sites islamistes.

AGENCE FRANCE-PRESSE

La vidéo de 31 minutes, diffusée par le centre américain Site Intelligence Group, montre une présumée embuscade de troupes somaliennes et éthiopiennes en juillet 2008. Le document est présenté par un jeune homme identifié comme «Abou Mansour l'Américain». Représentant le groupe islamique des shebab, Abou Mansour lance une opération séduction envers de nouvelles recrues étrangères après avoir vanté les mérites d'un militant tué dans la présumée embuscade.

«Donc, si vous pouvez encourager d'autres de vos enfants et d'autres de vos voisins et quiconque alentour d'envoyer des gens comme lui dans ce jihad (guerre sainte), cela serait un grand atout pour nous», dit-il.

Le jeune homme au teint clair et barbu parle avec un léger accent américain, vraisemblablement du nord du pays, et porte un chapeau et un treillis à l'imprimé camouflage. Il semble avoir une vingtaine ou une trentaine d'années.

Un autre combattant, le visage masqué par un tissu, dit en anglais: «Donc, Inch Allah (si Dieu le veut), nous appelons tous les frères à l'étranger, tous les shabab (jeunes), où qu'ils soient, à venir vivre la vie de moudjahidine».

La vidéo a été diffusée après un avertissement ce mois-ci de la police fédérale (FBI) sur le recrutement par des islamistes de jeunes Américano-somaliens envoyés en Somalie pour des activités terroristes.

«C'est une priorité pour le FBI», a déclaré Philip Mudd, un responsable du service de la sécurité nationale au FBI devant une commission du Sénat le 11 mars.

«Nous avons des groupes de personnes radicalisées», a-t-il ajouté, évoquant des jeunes âgés de 17 ans et plus. Il a également parlé de «tentatives de radicaliser des jeunes de 12, 13, 14 ans».

La vidéo montre Abou Mansour en train de traduire des passages du Coran en anglais devant des militants, et est entrecoupée de rap et de chants. Elle s'achève par une critique en rime de l'ex-président George W. Bush.

«Le rêve américain s'incline, Bush chute comme Staline, l'économie décline, les veuves chouinent (...) pendant que nos chants à la gloire d'Allah culminent», dit en substance la chanson.

La communauté d'origine somalienne aux Etats-Unis compte 150.000 à 200.000 personnes. La moitié d'entre eux vivent à Minneapolis (Minnesota, nord). L'essentiel de cette communauté a émigré vers les Etats-Unis au début des années 1990 pour fuir la violence.

En octobre 2008, Shirwa Ahmed, un Américano-somalien de 27 ans de Minneapolis, a perpétré un attentat suicide en Somalie. Il serait le premier citoyen américain à commettre un tel acte. Cinq attentats à la voiture piégée avaient alors visé des bâtiments stratégiques et l'ONU en Somalie, tuant au moins 19 personnes ainsi que les cinq kamikazes.

La Somalie abriterait actuellement environ 450 combattants étrangers qui opèrent avec les shebab, un groupe d'islamistes radicaux à la tête d'une insurrection meurtrière depuis 2006.

Privés de leur ennemi juré éthiopien, qui a mis fin en janvier à deux ans d'intervention militaire en Somalie aux côtés du gouvernement, les shebab ont opéré un rapprochement avec Al-Qaïda, selon des sources du renseignement.