Des divisions au sein du parti du président zimbabwéen Robert Mugabe retardaient mercredi la formation du gouvernement d'union nationale, mais l'ancien opposant Morgan Tsvangirai restait confiant dans la volonté du chef de l'État de respecter leur accord.

Godfrey Marawanyika

Les anciens rivaux, qui ont signé lundi un accord historique de partage du pouvoir, devaient entamer mardi des discussions sur la composition du futur gouvernement mais leur rencontre a été reportée sine die.

Le négociateur en titre du régime, Patrick Chinamasa, a expliqué au quotidien d'État The Herald que la répartition des postes ne pouvait être discutée que par les signataires de l'accord: MM. Mugabe, Tsvangirai et le leader d'une faction minoritaire de l'opposition, Arthur Mutambara.

«Le rôle des négociateurs est terminé. Nous n'avons pas le pouvoir de sélectionner les gens qui formeront le cabinet et encore moins de les nommer», a-t-il dit.

«C'est la prérogative des dirigeants et ils se rencontreront prochainement à ce sujet», a-t-il ajouté sans avancer de date.

Des sources proches du dossier ont indiqué à l'AFP que le blocage était dû à des batailles pour les portefeuilles au sein du parti présidentiel, l'Union nationale africaine du Zimbabwe - Front patriotique (Zanu-PF).

Le bureau politique de la Zanu-PF - composé des plus hauts responsables - s'est réuni mardi et une réunion du comité central du parti était prévue à ce sujet mercredi.

Dans le futur gouvernement, seuls 15 ministères sur 31 doivent revenir à la Zanu-PF, contre 13 au Mouvement pour le changement démocratique (MDC) de Morgan Tsvangirai et 3 au MDC-Mutambara.

«Le partage du pouvoir laisse Mugabe face à un dilemme: qui inclure et qui exclure parmi ses fidèles», a confié au quotidien sud-africain The Star un haut responsable du parti.

Malgré ces accrocs, Morgan Tsvangirai, premier ministre désigné du futur gouvernement, a manifesté sa confiance dans le président Mugabe. «Je suis bien sûr que son engagement envers l'accord est indiscutable», a-t-il affirmé sur la radio sud-africaine Talk Radio 702.

«Je suis assez confiant dans le fait que nous pouvons travailler ensemble pour le bien de la population, et c'est bien notre intention», a-t-il assuré.

Comme pour preuve de sa bonne volonté, il a reconnu dans un entretien à La Presse britannique que Robert Mugabe, 84 ans dont 28 au pouvoir, «ne pouvait être tenu personnellement responsable» des violences commises après la défaite du régime aux élections générales du 29 mars.

Les attaques, qui ont fait au moins 200 morts dans les rangs du MDC selon l'opposition, avaient contraint Morgan Tsvangirai à se retirer de la course présidentielle. Robert Mugabe, seul en lice, avait logiquement remporté le second tour le 27 juin sur fond d'intimidations.

Le futur chef de gouvernement n'entend pas pour autant abandonner toute poursuite contre les auteurs des violences.

«Des violences institutionnelles ont eu lieu à différents niveaux et je suis certain que nous serons capables d'examiner tout cela», a-t-il dit au quotidien The Guardian. «Nous appelons tous à l'application de la loi, et si quelqu'un commet un crime, il devrait être poursuivi», a-t-il ajouté.

En attendant la mise en place des nouvelles institutions, l'économie du Zimbabwe continue de se désagréger. Dans un contexte d'hyperinflation délirante, la Banque centrale a de nouveau émis mercredi un billet de 1000 dollars pour contrer la pénurie d'argent liquide, un mois après avoir supprimé 10 zéros à la monnaie locale.

Moins de 20% des Zimbabwéens ont la chance d'avoir un emploi formel, mais même eux ne s'en sortent plus. À cause de l'inflation, officiellement à plus de 11 millions pour cent par an, leur salaire ne leur permet plus d'acheter une miche de pain.